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Introduction
La fibrose pulmonaire idiopathique (FPI) est une pneumopathie interstitielle chronique sévère, caractérisée par une détérioration progressive de la fonction respiratoire, une intolérance à l’effort et une altération marquée de la qualité de vie. La réhabilitation respiratoire est aujourd’hui considérée comme une approche non pharmacologique essentielle permettant d’améliorer le vécu des patients, mais son impact reste variable selon le stade évolutif de la maladie.
Méthodes
Nous rapportons une étude observationnelle menée au service de pneumologie du CHU de Marrakech entre janvier 2022 et août 2025, incluant vingt patients suivis pour FPI. Le diagnostic a été retenu selon les critères cliniques, tomodensitométriques et après concertation multidisciplinaire, avec élimination des diagnostics différentiels
Résultats
L’âge moyen des patients était de 67 ans, avec une nette prédominance masculine (16 hommes et 4 femmes). Neuf patients présentaient une forme très avancée et inéligible au traitement antifibrosant, neuf autres ont reçu un antifibrosant (Nintédanib) et deux étaient en attente d’initiation thérapeutique. Dix patients, soit la moitié de la cohorte, ont participé à un programme de réhabilitation respiratoire, quatre ont suivi des séances encadrées lors des hospitalisations au service, tandis que six ont poursuivi un protocole adapté à domicile. La réhabilitation hospitalière comprenait des exercices de réentrainement à l’effort (marche progressive), kinésithérapie respiratoire avec exercices de drainage et d’expansion thoracique, apprentissage de techniques de contrôle de la dyspnée, ainsi qu’une éducation thérapeutique centrée sur la gestion de la fatigue, l’optimisation de l’oxygénothérapie et l’adaptation aux activités quotidiennes. À domicile, les patients réalisaient un programme simplifié : marche quotidienne de 20 à 30 minutes selon tolérance, exercices de respiration diaphragmatique et de relaxation, étirements musculaires et renforcement léger (poids du corps), associés à un suivi téléphonique et des visites de contrôle. L’évaluation de l’efficacité reposait sur le score de Saint George (SGRQ), le test de marche de 6 minutes (TM6) et l’échelle de Sadoul. Chez les patients réhabilités, le score SGRQ a montré une amélioration notable avec une diminution moyenne de 12 points, traduisant un gain cliniquement significatif en termes de qualité de vie respiratoire. Le test de marche de 6 minutes s’est amélioré en moyenne de 45 mètres, avec une meilleure tolérance à l’effort et une récupération plus rapide. L’échelle de Sadoul est passée en moyenne de 3,2 à 2,1, reflétant une réduction perceptible de la dyspnée au quotidien. À l’inverse, les patients n’ayant pas bénéficié de réhabilitation ont présenté une évolution défavorable, avec une tendance à l’aggravation du score SGRQ (+5 points), une diminution du TM6 de 20 mètres et une majoration du score de Sadoul d’un point. L’analyse comparative entre les patients qui ont bénéficié d’une réhabilitation respiratoire adaptée et les autres le traitement pharmacologique seul a ainsi montré que la réhabilitation respiratoire, même lorsqu’elle est réalisée à domicile et encadrée par le médecin traitant et le kinésithérapeute, permet de ralentir la progression fonctionnelle et d’améliorer significativement le vécu des patients.
Conclusion
La réhabilitation physique et respiratoire s’avère bénéfique chez les patients atteints de FPI, en améliorant la qualité de vie mesurée par le SGRQ, la tolérance à l’effort et la perception de la dyspnée. Cette stratégie devrait être systématiquement intégrée à la prise en charge, en complément du traitement antifibrosant lorsque celui-ci est possible, y compris pour les patients suivis à domicile.