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Introduction
Les inhibiteurs de checkpoint (CI), désormais incontournables en oncologie, peuvent induire des pneumopathies interstitielles diffuses (CIP). Leur diagnostic et leur traitement demeurent complexes. Nous avons étudié les CIP pris en charge dans notre service, en fonction de leur grade de sévérité.
Méthodes
Étude rétrospective monocentrique de patients pris en charge à l’Hôpital Paris Saint-Joseph pour CIP. Les données initiales et évolutives ont été collectées et comparées selon le grade initial de sévérité (CTCAE v5).
Résultats
Parmi 28 patients inclus, 21 (75%) étaient des hommes, 24 (86%) tabagiques et 10 (36%) porteurs d’une comorbidité respiratoire. Le CBNPC représentait l’indication principale des CI chez 19 patients (68%). La sévérité initiale des CIP était de grade 1 (G1), 2 (G2) et 3 (G3) chez, respectivement, 11 (40%), 13 (46%) et 4 (14%) patients. Il n’y avait pas de grade 4 ni 5 d’emblée. Sur les 24 TDM disponibles, 7 patients (29%) présentaient une PID préexistante dont 2 avec fibrose. Au diagnostic, l’étendue de l’atteinte parenchymateuse moyenne était de 40%, avec la prédominance d’un pattern de pneumopathie organisée (n=14, 58%), puis de pneumopathie interstitielle non spécifique (n=11, 46%) et enfin de pneumopathie d’hypersensibilité (n=4, 17%), parfois associés. La proportion féminine augmentait avec la gravité de la CIP (G1 : 1/11, 9% ; G2 : 4/13, 31% ; G3 : 2/4, 50%). Une radiothérapie thoracique antérieure/concomitante avait concerné 3/11 (27%) patients en G1, 4/13 (31%) en G2 et 2/4 (50%) en G3. Une PID préexistante n’était pas associée à une sévérité plus importante de la CIP. L’arrêt immédiat du CI au diagnostic a concerné 23 patients et était plus fréquent avec la gravité croissante (73% en G1 ; 85% en G2 et 100% en G3). Parmi les 5 autres patients, 4 ont eu un arrêt du CI dans un second temps tandis qu’un l’a poursuivi (G1). Treize patients (46%) ont reçu des corticoïdes au diagnostic (18% en G1 ; 62% en G2 ; 75% en G3), avec des doses initiales moyennes de 0,75 mg/kg (G1) et 1,0 mg/kg (G2-3). Onze (84,6%) d’entre eux se sont améliorés (2/2 en G1, 6/8 en G2 et 3/3 en G3). Un seul patient (G2) a nécessité un immunosuppresseur dans un second temps. Parmi les 15 patients (54%) non traités d’emblée, 10 ont eu un arrêt du CI. Dix (66%) se sont améliorés (6 en G1, 4 en G2) dont 4 malgré la poursuite du CI. Pour les 5 patients qui se sont aggravés, 4 ont finalement nécessité une corticothérapie et 2 d’entre eux un immunosuppresseur, 1 s’est amélioré avec l’arrêt secondaire du CI. À la date de censure, 10 patients (42%) ont développé des signes de fibrose pulmonaire. L’évolution vers la fibrose radiologique n’était pas associée à la sévérité initiale de la CIP. La mortalité attribuée à la CIP concernait 2 patients (dont 1 traité initialement). Douze autres sont décédés de causes diverses, principalement de progression tumorale (n=9). La mortalité globale augmentait avec la sévérité initiale (27% en G1, 62% en G2 et 75% en G3).
Conclusion
Dans notre population, les CIP étaient plus sévères chez les femmes ce qui n’avait pas été rapporté auparavant. L’évolution vers la fibrose radiologique était fréquente dans notre population. La mortalité globale principalement liée à la progression tumorale augmentait avec le grade de sévérité de la CIP