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Introduction
Environ 20% des patients atteints de cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC) présentent des métastases cérébrales (MC) au diagnostic. En l’absence d’altérations moléculaires ciblables, le traitement de 1ère ligne repose sur l’immunothérapie±chimiothérapie (CT-IO). L’ajout d’une radiothérapie stéréotaxique (SRS) précoce des MC est une option thérapeutique, mais son bénéfice sur la survie globale (SG) reste incertain.
Méthodes
Notre étude rétrospective multicentrique a inclus tous les patients traités par une 1ère ligne de CT-IO entre 01/2020 et 12/2022 dans 11 hôpitaux français, avec au moins une MC au diagnostic. Les critères d’exclusion étaient>5 MC, carcinose leptoméningée, ECOG-PS>2 et une irradiation encéphalique totale initiale. La SRS précoce était définie comme initiée avant ou dans les 12 semaines suivant la première cure de CT-IO, et avant toute réévaluation cérébrale (groupe SRS-CT-IO). L’objectif principal était la SG ; les objectifs secondaires étaient le taux de réponse intracrânien (icORR) et la survie sans progression intracérébrale (icSSP). Les analyses de survie ont utilisé des modèles de Cox, avec une variable dépendante du temps. Les analyses ont été réalisées avec une méthode landmark à 12 semaines afin de limiter le biais lié aux décès précoces, qui auraient pu survenir avant la possibilité d’administrer la SRS.
Résultats
Au total, 220 patients ont été inclus, 145 traités par CT-IO seul et 75 par SRS-CT-IO. Les caractéristiques initiales étaient comparables entre les groupes, à l’exception d’une proportion plus élevée de corticothérapie au diagnostic (70,7% vs 35,9%) et de volumineuses MC (>3 cm : 34,7% vs 15,9%) dans le groupe SRS-CT-IO. Avec un suivi médian de 21,7 mois, la SG médiane était significativement plus longue avec SRS-CT-IO qu’avec CT-IO seule, non atteinte [IC95 35,8–NA] vs 23,7 mois [IC95 14,5–36,4]; HR=0,472 [0,291–0,765], p=0,002. L’icORR à 12 semaines était significativement plus élevé dans le groupe SRS-CT-IO (68,1%) que dans le groupe CT-IO (49,3%) (p=0,042). L’icSSP était également en faveur du groupe SRS-CT-IO (HR=0,498 [0,312–0,796], p=0,003). En analyse multivariée, la SRS upfront était associée à une plus longue SG (HR=0,527 [IC95 0,329-0,846], tandis qu’un PS≥1 (HR=2,294 [IC95 1,290-4,080] et un PD-L1 < 1% (HR=2,019 [IC95 1,319-3,093]) étaient associés à une SG plus courte. Une radionécrose a été observée chez 14,9% des patients SRS-CT-IO contre 0,7% sous CT-IO seul (p < 0,001). Il n’existait pas de différence significative entre les deux groupes concernant le recours à une irradiation cérébrale de rattrapage après progression cérébrale, 29,7% dans le groupe CT-IO vs 22,7% dans le groupe SRS-CT-IO (p=0,270).
Conclusion
Chez les patients atteints de CBNPC avec MC au diagnostic, l’ajout d’une SRS d’emblée au traitement de première ligne par CT-IO était associée à un meilleur contrôle intracrânien et une SG prolongée, avec toutefois un risque augmenté de radionécrose. Le caractère rétrospectif de cette étude expose toutefois à un fort biais de sélection, pouvant limiter la portée de ces résultats. Des essais randomisés évaluant la place de la SRS d’emblée sont nécessaires.