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Introduction
Avec 2 millions de nouveaux cas par an dans le monde, le cancer du poumon représente l'un des plus fréquents et demeure la première cause de mortalité par cancer1. Néanmoins, son évolution est différente selon les sexes avec une diminution chez les hommes et une augmentation constante chez les femmes chez lesquelles une proportion de cas reste inexpliquée, suggérant l'existence de facteurs de risque spécifiques2. Parmi eux, l'exposition aux estrogènes est évoquée, mais la littérature reste contradictoire. L'objectif de ce travail était d'étudier l'influence des facteurs hormonaux sur le cancer du poumon chez les femmes.
Méthodes
WELCA est une cas-témoins multicentrique, conduite entre 2014 et 2017 en population générale en Ile de France, ayant inclus 716 femmes atteintes d'un cancer du poumon primitif incident, appariées par fréquence sur l'âge et le département à 756 témoins. Des informations détaillées ont été recueillies sur le mode de vie, l'historique professionnel, l'histoire reproductive « vie entière » et les traitements hormonaux exogènes. Les associations entre les facteurs hormonaux et le risque de cancer du poumon ont été estimées par des modèles de régressions logistiques ajustés sur les facteurs de confusion.
Résultats
L'âge moyen des cas et des témoins était de 60,9 et 61,9 ans, respectivement. Après ajustement sur le tabac, le niveau d'éducation, l'indice de masse corporelle, les expositions professionnelles et mutuellement sur les facteurs hormonaux, un âge≥33 ans à la dernière grossesse était associé à une diminution du risque de cancer du poumon (OR≥33 ans vs≤28 ans=0,55 ; IC95% : 0,36-0,84 ; p de tendance linéaire=0,02). De plus, l'utilisation de contraceptifs hormonaux était globalement associée à une réduction du risque (OR=0,45 ; IC95% : 0,28-0,71), aussi bien pour la pilule (OR=0,50 ; IC95% : 0,31-0,78) que pour les autres types de contraceptifs (OR=0,50 ; IC95% : 0,30-0,84). Néanmoins, un âge tardif de fin d'utilisation de pilule pourrait être délétère (OR≥39 ans vs≤30 ans=1,49 ; IC95% : 1,07-2,06 ; p de tendance linéaire=0,03). Enfin, la durée de vie reproductive prolongée semblait protectrice (OR≥39 ans vs≤36 ans=0,68 ; IC95% : 0,50-0,94 ; p de tendance linéaire=0,02). Aucune association n'a été retrouvée avec les autres facteurs hormonaux (puberté, parité, allaitement, caractéristiques de la ménopause, traitements hormonaux de la ménopause et traitements de la fertilité). L'analyse limitée aux non-fumeuses montrait des résultats similaires.
Conclusion
Ces résultats suggèrent l'influence potentielle des expositions hormonales sur le risque de cancer du poumon. S'ils sont confirmés, ils pourraient permettre une identification de groupes à haut risque.
Références
[1] Sung H et al. 2020
[2] Jéhannin-Ligier K et al. 2017