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Introduction
Le tabagisme est un facteur environnemental majeur pouvant influencer le développement, le profil clinique et la progression des pneumopathies interstitielles diffuses (PID). Son rôle exact dans l'évolution des différentes formes de PID reste encore discuté. L'objectif de cette étude est d'évaluer l'impact du tabagisme actif ou ancien sur les caractéristiques cliniques, radiologiques et fonctionnelles des PID, ainsi que sur leur progression.
Méthodes
Il s'agit d'une étude rétrospective incluant 61 patients suivis pour PID au service de pneumologie de l'Hôpital Errazi, CHU Mohammed VI, Marrakech, sur une période de 18 mois (janvier 2024 - juin 2025). Les patients ont été classés en trois groupes : fumeurs actifs, anciens fumeurs et non-fumeurs. Les données collectées comprenaient : âge, sexe, antécédents, symptômes, spirométrie, scanner thoracique haute résolution, diagnostic étiologique et évolution clinique à 12 mois.
Résultats
L'âge moyen des patients était de 57ans, avec une prédominance masculine (63%). Le groupe tabagique (fumeurs actifs ou anciens) représentait 48% de la cohorte. Les fumeurs présentaient une fréquence plus élevée de dyspnée sévère (78% vs 61%) et de toux productive (42% vs 28%) par rapport aux non-fumeurs. La saturation en oxygène au repos était en moyenne plus basse chez les fumeurs (92% vs 95%). Sur le plan radiologique, les réticulations et l’atteinte bilatérale diffuse étaient plus fréquentes chez les fumeurs (68% vs 51%). De plus, on notait une proportion plus élevée de bronchectasies de traction (36% vs 19%) et de plages en verre dépoli (41% vs 27%) dans ce groupe. Sur le plan fonctionnel, la VEMS (65% vs 71%) et la CVF (68% vs 73%) étaient légèrement plus altérées dans le groupe fumeur, traduisant une atteinte ventilatoire plus marquée. La DLCO était également significativement réduite (54% vs 62%). Après un suivi de 12 mois, une progression radiologique et fonctionnelle a été observée chez 29% des fumeurs, 18% des anciens fumeurs, contre 10% des non-fumeurs. La mortalité à un an était plus élevée dans le groupe fumeur (12% vs 5%).
Conclusion
Le tabagisme actif ou sevré semble influencer négativement le profil clinique et radiologique des PID et est associé à une progression plus rapide de la maladie. Ces résultats soulignent l'importance du sevrage tabagique et d'une surveillance rapprochée chez les patients suivis pour PID exposés au tabac.