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Résumés CPLF 2026 

Particularités cliniques et fonctionnelles des dilatations des bronches post-tuberculeuses

Résumé PO12-347
Eddahioui M.A.*1 ; Abouobayd O.1 ; Ijim M.1 ; Fikri O.1 ; Amro L.1
1Service de Pneumologie, Hôpital Arrazi, CHU Mohammed VI, Laboratoire LRMS, FMPM, UCA, Marrakech, Maroc

Auteur correspondant : Eddahioui M.A. 


Introduction

Les dilatations des bronches (DDB) constituent l’une des séquelles les plus redoutables de la tuberculose pulmonaire. La destruction architecturale des voies aériennes, secondaire au processus inflammatoire granulomateux, aboutit à une perte de l’élasticité bronchique et à un drainage muco-ciliaire inefficace, favorisant la stase des sécrétions et l’infection chronique. Dans les pays à forte endémie, telles que les régions du Maghreb, elles représentent une cause prépondérante de bronchiectasies. Ces dernières s’accompagnent d’un retentissement clinique et fonctionnel majeur, responsable d’infections respiratoires récurrentes, d’hémoptysies parfois graves et d’une altération significative de la qualité de vie. L’objectif de ce travail est de décrire les particularités cliniques, fonctionnelles et radiologiques des DDB post-tuberculeuses dans un contexte marocain, tout en mettant en perspective les enjeux de leur prise en charge.

Méthodes

Il s’agit d’une étude rétrospective incluant l’ensemble des patients suivis pour DDB post-tuberculeuses au service de pneumologie de l’Hôpital Arrazi, CHU Mohammed VI de Marrakech, sur une période de 18 mois (janvier 2024 – juin 2025). Les paramètres épidémiologiques, cliniques, fonctionnels et radiologiques ont été analysés.

Résultats

Soixante-quatre patients ont été inclus, avec un âge moyen de 52 ans (extrêmes : 28–76 ans), et une prédominance masculine de 62%, ce qui rejoint les données de la littérature attribuant ce biais au profil épidémiologique de la tuberculose initiale. Sur le plan clinique, la toux chronique productive constituait le symptôme le plus fréquent, retrouvée chez 84% des patients, suivie par la dyspnée à l’effort dans 71% des cas. Plus de la moitié présentaient des expectorations purulentes, témoignant de la colonisation bronchique chronique, et 28% avaient présenté des épisodes d’hémoptysies, parfois récidivantes. Une altération de l’état général avec perte pondérale et asthénie était rapportée dans près d’un patient sur cinq, traduisant l’impact systémique de la maladie chronique. L’étude fonctionnelle a mis en évidence une hétérogénéité du profil ventilatoire. Près de 42% des patients présentaient un syndrome obstructif, traduisant la limitation des débits bronchiques liée à la destruction pariétale et à l’hyper-sécrétion. Un quart présentait un syndrome restrictif, probablement en rapport avec la fibrose parenchymateuse séquellaire et la distorsion architecturale post-tuberculeuse. Enfin, un tiers des cas associait les deux mécanismes, confirmant la complexité physiopathologique des DDB post-tuberculeuses. La VEMS moyenne était de 62% de la valeur théorique, reflétant une atteinte fonctionnelle modérée à sévère. Les exacerbations infectieuses étaient fréquentes : 47% des patients rapportaient plus de deux épisodes par an, posant un problème majeur de santé publique en termes de consommation d’antibiotiques, de risque de résistance bactérienne et d’hospitalisations répétées. Sur le plan radiologique, l’atteinte prédominait au lobe supérieur droit (39%), suivi du lobe moyen (31%) et du lobe supérieur gauche (22%). Cette localisation est très évocatrice des séquelles tuberculeuses, à la différence d’autres étiologies de DDB où la prédilection touche plutôt les lobes inférieurs. Dans 28% des cas, les DDB étaient bilatérales et diffuses, situation associée à une sévérité accrue et à une détérioration plus marquée des paramètres fonctionnels. Ces formes diffuses sont particulièrement préoccupantes, car elles prédisposent à la colonisation chronique par Pseudomonas aeruginosa, germe connu pour aggraver le déclin fonctionnel et accroître la mortalité. Nos observations s’inscrivent dans la lignée des données internationales qui soulignent que les DDB post-tuberculeuses constituent une entité clinique spécifique, à mi-chemin entre les bronchiectasies d’autres causes et certaines pathologies obstructives chroniques comme la BPCO. Leur physiopathologie mixte, alliant inflammation chronique, fibrose cicatricielle et altération du drainage muco-ciliaire, explique la diversité des profils fonctionnels observés. L’association fréquente d’exacerbations infectieuses impose une approche thérapeutique multidimensionnelle, combinant kinésithérapie respiratoire, antibiothérapie ciblée, prévention vaccinale et surveillance régulière de la fonction respiratoire.

Conclusion

Les dilatations des bronches post-tuberculeuses constituent une complication fréquente et sévère de la tuberculose pulmonaire, responsables d’une morbidité chronique, d’un risque infectieux récurrent et d’une altération fonctionnelle marquée.


Eddahioui M.A. * ; Abouobayd O. * ; Ijim M. * ; Fikri O. * ; Amro L. *
*Déclarent ne pas avoir de lien d'intérêt en rapport avec ce résumé.

 


Avec le soutien institutionnel du laboratoire GlaxoSmithKline GSK