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Introduction
Les catastrophes naturelles, telles que les séismes, ont un impact profond sur la santé mentale et physique des populations touchées. Les patients asthmatiques sont particulièrement vulnérables en raison du lien entre le stress et l’exacerbation des symptômes respiratoires. But du travail est d’explorer les effets du séisme d’Al Haouz sur la qualité du sommeil et le développement du stress post-traumatique chez les patients asthmatiques de la région Marrakech-Safi.
Méthodes
Une étude observationnelle transversale a été menée auprès des patients asthmatiques suivis au CHU Mohammed VI de Marrakech. Un échantillon a été recruté dans les mois suivant le séisme (entre Janvier 2024 et Janvier 2025). Les participants ont rempli le Pittsburgh Sleep Quality Index (PSQI) et l’Epworth Sleepiness Scale (ESS) pour évaluer la qualité du sommeil, ainsi que l'échelle PCL-5 (Posttraumatic Stress Disorder Checklist for DSM-5) pour dépister le stress post-traumatique. Des entretiens semi-directifs ont également été réalisés pour explorer les aspects psychologiques et les stratégies d’adaptation des patients. L’analyse a intégré la distance entre le domicile et l’épicentre de même que des données socio-démographiques telles que l’âge, le sexe, le statut socio-économique et les conditions de logement.
Résultats
L'échantillon était composé de 100 patients asthmatiques suivis au CHU Mohammed VI de Marrakech. L'âge moyen des patients était de 42,5±12,3 ans. La répartition du sexe était de 60% de femmes (n=60) et 40% d'hommes (n=40). Concernant le statut socio-économique, 48% des patients étaient classés dans la catégorie à faible statut socio-économique, vivant dans des conditions de logement précaires. Les scores du Pittsburgh Sleep Quality Index (PSQI) ont révélé une altération de la qualité du sommeil, avec une augmentation du temps d'endormissement et des réveils nocturnes fréquents. Le score moyen du PSQI après le séisme était de 8,2±3,1, contre 5,4±2,4 avant le séisme. La somnolence diurne a été évaluée avec l'Epworth Sleepiness Scale (ESS), qui a montré une moyenne de 12,5±4,3, indiquant une somnolence accumulée lors de la journée. Concernant le stress post-traumatique, 48% des patients ont présenté des scores élevés sur l'échelle PCL-5, remplissant ainsi les critères diagnostiques du SPT(Stress Post-Traumatique). Ces patients ont signalé des symptômes tels que des cauchemars fréquents, une hypervigilance, des pensées intrusives liées au séisme et des réactions de sursaut exagérées. Une association a été observée entre la proximité de l'épicentre et la gravité des symptômes de stress post-traumatique : 54% des patients vivant à moins de 50 km de l'épicentre ont rempli les critères du SPT, contre seulement 37% des patients vivant à une plus grande distance. Concernant l'impact géographique, environ 35% des patients résidaient à moins de 50 km de l'épicentre du séisme ont rapporté les troubles du sommeil les plus marqués, avec un score PSQI moyen de 9,4±2,9 et des réveils nocturnes fréquents. Les patients résidant à plus de 50 km de l'épicentre ont présenté un score PSQI moyen de 7,1±3,0. Une corrélation négative modérée a été observée entre l'âge des patients et la qualité du sommeil, suggérant que les patients plus âgés avaient tendance à rapporter une qualité de sommeil plus faible après le séisme (r=-0,35, p < 0,01). De plus, la proximité géographique par rapport à l'épicentre du séisme a montré une corrélation positive forte avec les symptômes de stress post-traumatique (r=0,58, p < 0,001), les patients vivant à moins de 50 km de l'épicentre étant plus susceptibles de remplir les critères diagnostiques du stress post-traumatique. Concernant le statut socio-économique, une corrélation significative a été trouvée entre un faible statut socio-économique et une altération de la qualité du sommeil, avec les patients à faible statut socio-économique affichant des scores plus élevés sur le PSQI (r=0,45, p < 0,01). Par ailleurs, une corrélation positive modérée a été observée entre les symptômes de stress post-traumatique, mesurés par l'échelle PCL-5, et l'aggravation des symptômes asthmatiques (r=0,42, p < 0,01), indiquant que les patients avec des symptômes de stress post-traumatique plus marqués rapportaient une augmentation des crises d'asthme après le séisme. Enfin, une corrélation positive significative entre la somnolence diurne (mesurée par l'ESS) et la qualité du sommeil a été observée (r=0,52, p < 0,001), ce qui suggère que les patients présentant une plus grande somnolence diurne avaient également des scores plus élevés sur le PSQI, représentant une relation directe entre la qualité du sommeil et la somnolence accumulée après l'événement traumatique.
Conclusion
Cette étude démontre l'impact significatif du séisme d'Al Haouz sur la qualité du sommeil et le développement du stress post-traumatique chez les patients asthmatiques. Les résultats entraînent que les catastrophes naturelles exacerbent les troubles du sommeil et augmentent les risques de stress post-traumatique, particulièrement chez les patients vivant près de l'épicentre et dans des conditions socio-économiques précaires. Une prise en charge multidisciplinaire, comprenant un soutien psychologique et des stratégies de gestion du stress, est essentielle pour améliorer la prise en charge des patients asthmatiques dans les suites d'une catastrophe naturelle.