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Introduction
Les inhibiteurs de points de contrôle immunitaires (ICI) ciblant PD1et PDL1 ont révolutionné le traitement du cancer broncho-pulmonaire non à petites cellules (CBNPC) métastatique. Malheureusement, les ICI se soldent par un échec thérapeutique pour environ 80% des patients. Nous avons analysé douze marqueurs immunitaires pour créer un modèle immuno-clinique prédictif de l’évolution sous ICI.
Méthodes
Au total, 130 patients ayant reçu des ICI entre 2015 et 2022 aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (France) ont été répartis en deux groupes : les individus avec une survie sans progression (SSP)≥12 mois ont été considérés sensibles, tandis que ceux avec une SSP≤3 mois ont été considérés comme résistants. Leurs données cliniques ont été collectées à partir des dossiers médicaux. Douze marquages ont été réalisés par immunohistochimie sur des blocs de paraffine archivés, correspondant à des prélèvements datant de moins de 2 ans avant l’initiation des ICI. Tous les marquages ont été évalués par 2 observateurs indépendants. Le tableau 1 montre les marquages réalisés. Tous les sous-types histologiques de CBNPC ainsi que toutes les modalités de traitement par ICI (en monothérapie ou en combinaison à un doublet de chimiothérapie à bases de sels de platine) ont été considérés, indépendamment de la ligne de traitement.
Résultats
L’expression de PDL1, CD3, CD4, CD8, FOXP3 et TIM3 était significativement différente entre les deux groupes. Des courbes ROC ont permis de déterminer des valeurs seuils et transformer les variables continues en marqueurs binaires pertinents sur les plans clinique et statistique. L’analyse univariée a montré des différences significatives dans le statut d’expression de PDL1 (seuil 1%, p< 0,001), CD8 (hotspot≥750 cellules, p=0,03), CD56 (hotspot≥10 cellules, p=0,02), FOXP3 (hotspot≥200 cellules, p=0,03) and TIM3 (seuil 20%, p=0,01) entre les deux groupes. Considérée individuellement, une expression de PDL1≥1% s'est avérée être le facteur le plus fortement associé à la sensibilité (OR 0,27 [0,13, 0,56], p=0,004). Une analyse multivariée par régression logistique a permis de construire un modèle explicatif de la résistance qui conjuguait un statut négatif pour l’expression de PDL1 (OR 0,30 [0,12, 0,78], p=0,015), TIM3 (OR 0,28 [0,09, 0,84], p=0,022), FOXP3 (OR 0,23 [0,08, 0,7], p=0,009) et CD56 (hotspot < 10 : OR 0,32 [0,12, 0,87], p=0,021). Ce modèle incluait aussi des facteurs cliniques relevés à l’initiation des ICI : âge≥60 ans, stade TNM IVB, traitement par corticostéroïdes, taux de plaquettes sanguines≥250 G/L, présence de métastases osseuses. Enfin, la triple positivité pour PDL1-CD56-FOXP3 est associée à une valeur prédictive positive (VPP) de sensibilité aux ICI de 82% contre 67% pour PDL1 seul. La double négativité pour PDL1-CD8confère une VPP de résistance de 71% contre 69% pour PDL1 seul
Conclusion
Une combinaison de marqueurs cliniques et histologiques permet de mieux prédire la résistance aux ICI que le PDL1 seul. Nous testons actuellement des variables moléculaires supplémentaires et prévoyons de le valider sur des cohortes indépendantes.