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Introduction
Les données algériennes concernant les disparités en pathologie pleurale entre les sujets masculins et féminins sont rares. Cette étude vise à analyser les différences cliniques et évolutives de l'empyème pleural dans une cohorte de 105 patients algériens (23 femmes et 82 hommes) hospitalisés entre le 1er janvier 2019 et le 1er mai 2024.
Méthodes
Analyse rétrospective comparative des données démographiques, cliniques, radiologiques, et pronostiques. Les variables continues sont présentées en médiane, les variables catégorielles en pourcentages. Les variables continues et les variables catégorielles ordinales ont été comparées par le test non paramétrique de Mann-Whitney. Les variables binaires ont été comparées par le test exact de Fisher ou test du χ2 de Pearson, lorsque approprié.
Résultats
Le groupe féminin (F) était plus jeune que le groupe masculin (H) (médiane, 49 ans (F) contre 53 ans (H) ; U=943 ; p=1,000). Mais cette différence d'âge à l'hospitalisation n’était pas significative. Le délai entre l'apparition des premiers symptômes et l'admission à l’hôpital était, non significativement, prolongé dans le groupe masculin (médiane, 15 jours (H) contre 12 jours (F) ; U=1118,5 ; p=0,172). Des disparités dans les facteurs de risque ont été observées : l’alcoolisme concernait exclusivement les hommes (15,9% (H) contre 0% (F) ; p=0,067) et une hygiène bucco-dentaire inadéquate était plus fréquente dans le groupe masculin (48,7% (H) contre 26,1% (F); OR=2,57 ; IC95% [0,92–7,17] ; p=0,095). Le groupe masculin présentait moins fréquemment une maladie rénale chronique sévère (3,7% (H) contre 17,4% (F) ; OR=0,18 ; IC95% [0,04–0,87] ; p=0,040) et un diabète (31,7% (H) contre 47,8% (F) ; OR=0,51 ; IC95% [0,20–1,30] ; p=0,216). Aucune différence significative n’a été retrouvée concernant les symptômes cliniques : toux (p=0,555), expectorations purulentes (p=0,112), fièvre (p=0,424), douleurs thoraciques (p=0,398) et dyspnée (p=0,447). L’emplacement de l’empyème était majoritairement droit dans les deux groupes (60,9% (F) contre 59,8% (H) ; p=0,812). Aucune différence significative n’a été retrouvée dans la répartition de la surface de l’épanchement pleural à la radiographie standard chez les deux groupes (U=906 ; p=0,748). L’infection était principalement d’origine communautaire dans les deux groupes (p=0,736). La mortalité était similaire dans les deux groupes (13% (F) contre 12,2% (H); OR=0,926 ; IC95% [0,23–3,69] ; p=1,000). La durée d’hospitalisation était légèrement inférieure, mais non significative, dans le groupe féminin (médiane, 21 jours (F) contre 23 jours (H); U=1072,5 ; p=0,315). Le recours à la chirurgie thoracique était moins fréquent dans le groupe masculin, mais sans différence significative (7,3% (H) contre 13,0% (F) ; OR=0,53 ; IC95% [0,12–2,29] ; p=0,407).
Conclusion
En Algérie, Il n’y pas de différences significatives entre les deux sexes en matière de prise en charge de l'empyème pleural (mortalité, durée de séjour hospitalier, ou recours à la chirurgie thoracique). La maladie rénale chronique sévère est plus fréquente chez les femmes (p=0,040), tandis que les hommes présentent des facteurs comportementaux, notamment l’alcoolisme, liés à un risque accru de développer la maladie.