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Introduction
L’évaluation du risque préopératoire avant chirurgie pour cancer pulmonaire repose principalement sur des paramètres cliniques. L’objectif de cette étude est d’examiner dans quelle mesure certaines données morphologiques issues de la tomodensitométrie thoracique peuvent affiner cette évaluation, en apportant des éléments pronostiques supplémentaires permettant d’identifier les patients les plus exposés à un risque de mortalité péri opératoire.
Méthodes
Une analyse rétrospective a été réalisée chez 720 patients opérés d’un cancer pulmonaire à l’hôpital Cochin (AP-HP, Paris) entre 2018 et 2019. Les données cliniques, fonctionnelles et radiologiques ont été recueillies, incluant le score de calcification coronarienne, les diamètres artériels pulmonaire et aortique, la présence d’emphysème, d’anomalies pulmonaires interstitielles, ainsi que les signes d’AEF au scanner thoracique. Des modèles de régression logistique multivariée et de Cox ont été utilisés pour identifier les facteurs indépendamment associés à la mortalité à 30 et 90 jours, ainsi qu’à la survie globale.
Résultats
La présence d’AEF au scanner thoracique était fortement associée à la mortalité à 30 jours (odds ratio [OR] 11,5 ; p < 0,001), de même qu’un statut fonctionnel ECOG élevé (OR 2,18 ; p=0,047). À 90 jours, l’AEF (OR 7,18 ; p < 0,001), un score ECOG élevé (OR 1,98 ; p=0,029) et un VEMS plus faible (OR 0,97 ; p=0,024) constituaient des facteurs indépendamment associés à la mortalité. Bien que présent chez seulement 8,2% des patients, l’AEF était retrouvé chez 45,5% de ceux décédés dans les 30 jours suivant l’intervention. À plus long terme, l’AEF restait un facteur pronostique indépendant de mortalité, aux côtés du sexe masculin, d’un statut ECOG altéré, d’un indice de comorbidité de Charlson élevé, et de la réalisation d’une pneumonectomie.
Conclusion
Le scanner thoracique fournit des informations pronostiques précieuses chez les patients candidats à une chirurgie pour cancer pulmonaire. L’AEF apparaît comme un marqueur radiologique indépendant de mortalité, en particulier au cours de la période périopératoire. Ces résultats renforcent l’intérêt d’une identification systématique de cette entité dans l’évaluation préopératoire.