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Introduction
Chez les patients atteints de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), l’hyperinflation pulmonaire est un déterminant majeur de l’altération mécanique respiratoire et pourrait perturber la fonction diaphragmatique par le biais d’une atteinte du nerf phrénique.
Méthodes
Nous avons mené une étude transversale incluant des patients atteints de BPCO stable suivis au service d’explorations fonctionnelles du CHU Habib Bourguiba de Sfax. Le diagnostic reposait sur les critères GOLD (VEMS/CVF post bronchodilatateur < 0,70) et la sévérité était classée en quatre stades (GOLD 1 à 4). Deux groupes ont été identifiés (GI comportant GOLD 1 et 2, GII regroupant GOLD 3 et GOLD 4). Les volumes pulmonaires dynamiques (VEMS, CVF, VEMS/CVF) ont été mesurés par spirométrie et les volumes statiques (VR, CPT, VR/CPT) par pléthysmographie. Les paramètres recueillis à l’étude de la conduction nerveuse motrice des nerfs phréniques étaient la latence distale motrice (LDM) et l’amplitude.
Résultats
67 patients atteints de BPCO stable ont été inclus, dont 41,8% présentaient une forme sévère (GII). L’âge moyen était de 63,9±8,9 ans et le VEMS moyen représentait 54,1±15,9% de la valeur prédite. Les LDM étaient significativement plus prolongées chez les patients du GII à droite (7,89±1,56 vs 6,54±1,21 ; p < 0,001) comme à gauche (7,68±1,10 vs 6,55±0,96 ; p < 0,001). En revanche, les amplitudes EMG phréniques ne différaient pas significativement entre les groupes et n’étaient pas corrélées aux indices spirométriques. La LDM droite était positivement corrélée au VR/CPT (ρ=0,335 ; p=0,006) et inversement corrélée au VEMS (ρ=-0,329 ; p=0,007), traduisant un ralentissement de la conduction phrénique en cas d’obstruction et d’hyperinflation.
Conclusion
Chez les patients atteints de BPCO, l’hyperinflation pulmonaire s’accompagne d’un allongement significatif des LDM, traduisant un ralentissement de la conduction phrénique. Corrélé à l’obstruction et à l’hyperinflation, ce phénomène met en évidence l’impact fonctionnel de la distension sur le diaphragme. L’évaluation de la fonction diaphragmatique pourrait ainsi contribuer à affiner la prise en charge et à optimiser les stratégies de réhabilitation respiratoire.