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Introduction
Les carcinomes épidermoïdes bronchiques (SCC) sont généralement associés au tabagisme mais on rapporte environ 10% de SCC chez les non-fumeurs atteints de cancer bronchique non à petites cellules. Nous nous sommes intéressés dans cette étude à caractériser ces SCC du non-fumeur en comparaison aux fumeurs actifs et sevrés.
Méthodes
Nous avons fait une analyse rétrospective à partir de la base nationale ESME en incluant les patients atteints de SCC localement avancé ou métastatique ayant reçu un traitement systémique entre 2015 et 2024. La population des non-fumeurs a été comparée à celle des fumeurs sevrés et celle des fumeurs actifs. Les objectifs étaient de décrire leur épidémiologie et leurs caractéristiques. Les tests statistiques utilisés étaient des tests de Kruskal-Wallis pour les variables continues et Chi-2 ou Fisher pour celles qualitatives.
Résultats
Parmi 6812 patients atteints de SCC ayant reçu un traitement systémique et ayant un statut tabagique renseigné dans la base ESME, 275 étaient non-fumeurs (4%), 4063 fumeurs sevrés (60%) avec 97,7% à plus de 10 paquets-année (PA) et 2474 fumeurs actifs (36%) avec 99,2% à plus de 10 PA. La population des non-fumeurs était plus âgée (âge médian de 71 ans [min-max : 30-91] chez les non-fumeurs vs 69 ans [min-max : 20-98] chez les ex-fumeurs vs 64 ans [min-max : 30-89] chez les fumeurs actifs, p< 0,0001), plus féminine (58,5% vs 16,8% vs 23,6% respectivement, p< 0,0001), moins exposée à l'amiante et au cannabis (9,6% et 2,1% vs 21,1% et 2,8% vs 15,9% et 11%, p< 0,0001). Il y avait moins d'antécédent familial de cancer broncho-pulmonaire ou pleural (5,1% vs 12,8% vs 13,7%, p=0,0286) mais plus d'antécédent personnel d'autre cancer (33% vs 21,9% vs 18,2%, p< 0,0001). Le stade au diagnostic était plus avancé (63,7% de stade IV vs 46,3% vs 49,7%, p< 0,0001) avec plus de métastases osseuses (46,4% vs 32,9% vs 32,2%, p=0,0002) et pleurales (8,2% vs 3,6% vs 3%, p=0,0009). Le statut PDL1 était plus souvent positif (61,2% vs 53% vs 49,8%). Un testing moléculaire était plus souvent fait (par exemple pour EGFR : fait dans 41,5% des cas vs 7,8% vs 6,5%) et lorsqu'il était fait il y avait plus de mutations EGFR (19,6% vs 6,6% vs 1,9%), ALK (4,4% vs 1,3% vs 0,5%), ROS1 (4,1% vs 1,8% vs 0,7%), HER2 (5,6% vs 1,1% vs 1,8%) et MET (32,7% vs 13,9% vs 5,8%), mais moins de mutations KRAS (9,2% vs 13,8% vs 15,4%) et BRAF (0% vs 3% vs 3,3%). Tout traitement confondu, la survie globale était de 12,4 mois en médiane chez les non-fumeurs contre 13,8 mois chez les ex-fumeurs et 13,6 mois chez les fumeurs actifs.
Conclusion
Cette large étude de registre confirme une différence en termes de caractéristiques socio-démographiques, de présentation du cancer et de profil moléculaire chez les SCC du non-fumeur par rapport aux fumeurs actifs et aux fumeurs sevrés. Ces différences selon le statut tabagique mériteraient une analyse plus approfondie tenant compte des différentes thérapeutiques reçues (immunothérapies et thérapies ciblées notamment).