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Introduction
Les pneumopathies interstitielles diffuses (PID) fibrosantes représentent aujourd’hui la principale indication de transplantation pulmonaire (TP), avec un moins bon pronostic post-TP que pour les autres indications. Bien que le traitement des PID incorpore souvent des immunosuppresseurs, l’impact de leur usage sur le pronostic post-TP n’est pas connu. Nous avons émis l’hypothèse qu’une exposition récente aux immunosuppresseurs, au cours de l’année précédant la greffe, pouvait négativement impacter les suites précoces post-TP.
Méthodes
Étude rétrospective monocentrique incluant tous les adultes ayant consécutivement reçu une TP pour PID à l’Hôpital Bichat (Paris), entre avril 2011 et juin 2024. Les patients ayant reçu un IS (non stéroïdiens) dans l’année précédant la TP ont été comparés à ceux qui n’y avaient pas été exposés. Le critère de jugement principal était la survie à 12 mois. L’exposition concomitante aux corticoïdes systémiques a été utilisée comme variable d’ajustement.
Résultats
Parmi 209 patients inclus, 76 (36%) avaient reçu un IS dans l’année précédant la TP. En analyse multivariée, cette exposition était associée à une survie significativement réduite à 12 mois (62% vs 80% ; HR 1,99, IC95% [1,11–3,56] ; p=0,022), après ajustement sur la dose cumulée de corticostéroïdes et la survenue d’une exacerbation aigue de PID dans l’année avant la TP, l’hypertension pulmonaire sévère et la super-urgence. Les patients exposés présentaient également un risque accru de dysfonction primaire du greffon de grade 3 (OR 3,20 [1,42–7,45] ; p=0,005), de fistule broncho-vasculaire (OR 9,43 [1,48–183] ; p=0,042), et un nombre plus élevé d’épisodes de pneumonie au cours des 6 premiers mois (médiane 2 [1–4] vs 1 [0,5–2,5] ; p=0,001). L’exposition aux IS était associée à une fréquence plus élevée de virémie à cytomégalovirus (CMV) sous prophylaxie (21% vs 5,2% ; p=0,005) au cours de la première année ainsi qu’à une incidence accrue de souches de CMV résistantes au ganciclovir (14% vs 3,2% ; p=0,021).
Conclusion
L’exposition à des immunosuppresseurs au cours de l’année précédant la TP pour PID est associée à une surmortalité à 12 mois et à davantage de complications précoces. Ces résultats incitent à prendre en compte ces expositions dans la sélection des candidats et la nécessité d’évaluer prudemment leur rapport bénéfice/risque de leur usage si un projet de TP est envisagé.