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Introduction
La sexualité, composante essentielle de la qualité de vie (QDV), est fréquemment impactée chez les patients atteints d’insuffisance respiratoire chronique (IRC) mais rarement abordée en pratique clinique. La transplantation pulmonaire (TP) vise non seulement une amélioration de la survie mais également de la QDV des patients. Cette étude évalue l’impact de la TP sur la QDV sexuelle.
Méthodes
Des questionnaires socio-démographiques, de QDV sexuelle (Arizona Sexual Experience Scale ASEX, International Index of Erectile Function IIEF chez l'homme, Female Sexual Function Index FSFI chez la femme), de QDV générale (VQ11) et d’anxiété-dépression (Hospital Anxiety and Depression Scale, HADS) ont été auto-administrés en pré-TP ou lors du suivi post-TP, dans le service de TP de l’hôpital Bichat. L’analyse a été rétrospective et les deux cohortes pré et post-TP sont composées de patients distincts.
Résultats
Parmi 296 patients sollicités, 238 (80,4%) ont accepté de répondre aux questionnaires (âge médian 59,1 [51,9 – 64,9] ans), dont 192 patients transplantés (111 hommes, 81 femmes, délai médian post-TP 4,2 [1,8 – 6,6] ans. ) et 46 patients en pré-TP (25 hommes, 21 femmes). Soixante-huit patients (28,6%) se déclaraient insatisfaits de leur sexualité et 24 (10%) n’ont pas répondu à la question. Alors que 59 (24,8%) patients estimaient qu’il existe un « problème dans leur sexualité », seuls 19 d'entre eux (32%) avaient déjà abordé le sujet avec un soignant. Deux cents neuf (87,8%) patients ont rempli au moins 1 questionnaire de QDV sexuelle, et 184 (77,3%) ont rempli la totalité des questionnaires. Une dysfonction sexuelle (score ASEX) était retrouvée chez 41,8% patients pré-TP et 39,1% post-TP. Après TP, le score VQ11 (p< 0,001) et le score de dépression (p=0,003) étaient significativement meilleurs par rapport au groupe pré-TP, sans changement des scores de QDV sexuelle (ASEX (p=0,97), FSFI chez les femmes (p=0,15), IIEF chez les hommes (p=0,5)). La présence d’une dysfonction sexuelle (score ASEX) était associée à une altération accrue de la QDV générale (VQ11, ρ=0,34, p < 0,001). En analyse multivariée, les facteurs de risque de dysfonction sexuelle étaient la TP (OR=3,70, IC95 [1,28 – 11,6], p=0,02), un âge élevé (par année, OR=1,06, IC95 [1,03 – 1,10], p=0,001), le sexe féminin (OR=7,42 IC95 [3,59 – 16,2], p>0,001) et un score VQ11 plus élevé (OR=1,12 IC95 [1,07 – 1,18], p< 0,001).
Conclusion
La dysfonction sexuelle est fréquente chez les patients IRC et persiste après la TP malgré une amélioration de la QDV générale. Cette problématique, peu abordée spontanément, mériterait d’être intégrée au suivi des patients post-TP, afin de proposer un accompagnement adapté.