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Introduction
La lymphadénite histiocytaire nécrosante de Kikuchi-Fujimoto, est une affection rare décrite au Japon en 1972. Elle touche surtout les jeunes adultes, avec un âge moyen de 21 ans et une prédominance féminine. Le diagnostic repose sur l’histologie. L’évolution est généralement bénigne, avec résolution spontanée en 1 à 4 mois.
Méthodes
Nous rapportons le cas d’une patiente de 19 ans, sans antécédents, présentant depuis trois mois des adénopathies cervicales gauches douloureuses associées à des polyarthralgies, amaigrissement, asthénie et anorexie. La radiographie pulmonaire, GeneXpert des expectorations et IDR étaient négatifs. Le scanner cervical montrait de multiples adénopathies, la plus volumineuse de 27 mm. La première lecture histologique ganglionnaire concluait à une lymphadénite nécrosante, orientant vers une tuberculose ganglionnaire. Le traitement antituberculeux fut interrompu après 20 jours devant une cytolyse hépatique (GOT ×6, GPT ×3).
Résultats
Le bilan réalisé lors de son hospitalisation montrait une anémie microcytaire (Hb 8 g/dl), une leucopénie, une neutropénie et un petit épanchement péricardique. Les critères cliniques et biologiques (rash cutané, photosensibilité, ulcération buccale, arthrite des chevilles, péricardite, protéinurie, cytopénies, AAN et anti-ADN positifs, anti-histones négatifs, hypocomplémentémie) étaient en faveur d’un lupus érythémateux disséminé.
La réévaluation histologique et immunohistochimique de la biopsie ganglionnaire a montré une architecture effacée, largement remplacée par des zones de nécrose avec nombreux corps apoptotiques, entourées d’histiocytes, parfois à cytoplasme phagocytaire avec corps tingibles sans neutrophiles ni éosinophiles. Il n’existait ni granulomes épithélioïdes, ni nécrose caséeuse. L'immunohistochimie a révélé la présence d'anticorps anti-CD20dans les zones de lymphocytes B, tandis que les anticorps anti-CD5et CD3ont mis en évidence la présence de lymphocytes T dans la zone paracorticale. Les anticorps anti-CD10et anti-BCL6 étaient exprimés dans les cellules centrofolliculaires, et les anticorps anti-CD23ont mis en évidence le réseau de cellules dendritiques. L'anticorps anti-CD68 était positif dans de nombreux histiocytes. La conclusion de la réévaluation a confirmé le diagnostic de lymphadénite histiocytaire nécrosante de Kikuchi-Fujimoto, sans aucun signe histologique suggérant une tuberculose ni une hémopathie maligne. Notre patiente a été traitée pour son lupus par corticoïdes et hydroxychloroquine, avec une évolution favorable et sans récidive après 60 mois de suivi.
Conclusion
La maladie de Kikuchi-Fujimoto peut mimer une tuberculose ganglionnaire, exposant à un risque d’erreur diagnostique, surtout en zone d’endémie. Son lien étroit avec le lupus, qu’elle peut révéler ou accompagner, requiert une analyse clinique et histologique minutieuse.
Références
[1] Dumas G, Prendki V, Haroche J, et al. Kikuchi-Fujimoto Disease. Medicine (Baltimore). 2014 ; 93(24):372‑82. doi : 10,1097/MD. 0000000000000220