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Introduction
Le carcinome épidermoïde (SCC) du poumon métastatique reste associé à des options thérapeutiques personnalisées limitées. Des données récentes montrent toutefois la présence d’altérations génomiques actionnables (AGA) chez certains patients, susceptibles d’avoir une valeur théranostique.
Méthodes
Nous avons réalisé une analyse rétrospective à partir de la base nationale ESME, incluant des patients atteints de SCC métastatiques diagnostiqués entre 2015 et 2021. L’étude visait à : (i) décrire la population de patients testés pour la recherche d’AGA en pratique courante ; (ii) caractériser les altérations moléculaires identifiées ; et (iii) évaluer les résultats cliniques des thérapies ciblées chez les patients porteurs d’AGA. Les analyses de survie globale (OS) et de survie sans progression (PFS) ont été conduites, et des modèles de Cox multivariés utilisés pour identifier les facteurs pronostiques.
Résultats
Sur 5 800 patients SCC métastatiques, 1 293 (22%) ont été testés. Par rapport à la population non testée, la population testée était caractérisée par un âge médian de 66 vs 67 ans, une proportion plus importante de femme (30,5% vs 17,9%) et de non-fumeurs (13,3% vs 2,1%). Parmi cette cohorte testée, 323 patients, (24,9%), présentaient au moins une mutation, dont 176 (54,5%), correspondaient à des AGA. Les plus fréquentes étaient : EGFR (45,5%, parmi lesquelles plus d’un tiers sont représentées par délétion de l’exon 19 ou L858R de l’exon 21), KRAS G12C (20,5%) et MET exon 14 (18,2%). Des thérapies ciblées ont été administrées à 57,4% des patients ayant des tumeurs avec AGA : EGFR (62/80 soit 77,5%), KRAS (10/36 soit 27,8%), MET (15/32 soit 46,9%) et ALK (10/10 soit 100%). La survie des patients testés s’est avérée plus longue que celle des non testés (médiane à 13,8 vs 11,4 mois ; p< 0,001). Les patients ayant une tumeur avec AGA, traités par thérapie ciblée, présentaient une OS supérieure comparativement aux patients non testés (18,5 vs 11,4 mois ; p=0,01). En revanche, l’analyse de survie, toutes AGA confondues, montrait une OS similaire entre les patients traités de manière ciblée et ceux ne l’ayant pas été (15,8 vs 18,5 mois ; p=0,4). L’analyse multivariée a confirmé le PS, la charge métastatique au diagnostic (>2 sites), et le stade initial de maladie au diagnostic (notamment≥III) comme principaux facteurs pronostiques de survie globale dans la population SCC, tandis que pour la population de patients mutés (AGA ou non), seul le PS restait significatif.
Conclusion
Cette étude nationale en vie réelle montre l’intérêt du testing moléculaire chez les patients atteints de SCC métastatique, révélant une AGA dans près d’un quart des cas testés. L’élargissement du recours au NGS devrait être envisagé prioritairement chez les sous-groupes de patients à plus forte probabilité d’AGA (patients jeunes, non- ou peu fumeurs, de surcroit en cas de sexe féminin), afin d’intégrer plus systématiquement les données moléculaires dans les décisions thérapeutiques et d’améliorer la prise en charge de cette population.