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Introduction
Le cancer pulmonaire est la première cause de décès par cancer dans le monde (1). Les inégalités sociales influencent son incidence, sa prise en charge et la survie des patients (2). L’illectronisme est défini comme l’absence de compétences numériques ou d’usage d’Internet. Il touche particulièrement les populations âgées, peu diplômées et socialement défavorisées, elles-mêmes à risque de cancers pulmonaires. De plus, les outils numériques, tels que les patient-reported outcomes (PROs), reposant sur le recueil dématérialisé de symptômes, ont démontré leur efficacité pour améliorer la survie. Identifier les patients en situation d’illectronisme semble donc essentiel pour éviter que le déploiement de ces approches digitales ne creuse davantage les inégalités de santé. Notre objectif était donc d’évaluer la prévalence et les déterminants de l’illectronisme chez les patients diagnostiqués d’un cancer thoracique.
Méthodes
Nous avons réalisé une analyse transversale à partir de la cohorte prospective ULYSSE menée aux Hospices Civils de Lyon. Les patients de la cohorte inclus entre juin 2022 et octobre 2024, avec une évaluation complète de l’illectronisme, ont été intégrés dans cette étude. L’illectronisme a été défini selon la grille Eurostat 2019 comprenant quatre domaines de compétences numériques (communication, recherche d’information, utilisation de logiciels, résolution de problèmes) ainsi que l’usage d’Internet. Les caractéristiques sociodémographiques, cliniques et le score de précarité EPICES ont été collectés. Les associations avec l’illectronisme ont été analysées en régression logistique multivariée.
Résultats
Au total, 364 patients ont été inclus (âge médian 68 ans ; 35,4% de femmes ; 79,1% de cancers bronchiques non à petites cellules). Globalement, 42,6% présentaient des capacités numériques basiques ou avancées, 36,5% des capacités faibles et 20,9% étaient en situation d’illectronisme. L’illectronisme augmentait avec l’âge (4,2% chez les 30–49 ans vs 45,9% après 80 ans), était plus fréquent chez les patients sans diplôme (31,6%), les ouvriers (33,7%), et les précaires (27,1% en cas de score EPICES≥30). En analyse multivariée, l’âge, la catégorie socio-professionnelle et la précarité sociale (EPICES) restaient des facteurs indépendamment associés à l’illectronisme.
Conclusion
Près d’un patient sur cinq atteint de cancer thoracique est en situation d’illectronisme, en lien surtout avec l’âge et la catégorie socio-professionnelle. La précarité mesurée par le score EPICES renforce aussi ce risque. Ces résultats mettent en évidence la nécessité d’identifier précocement les patients en difficulté numérique afin d’adapter les stratégies de suivi, notamment les PROs, et de garantir que l’utilisation des outils digitaux n’accentue pas les inégalités d’accès aux soins.
Références
[1] Bray F, et al. CA Cancer J Clin. 2018 ; 68 : 394-424.
[2] Redondo-Sánchez D, et al. Cancers. 2022 ; 14 : 398.