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Introduction
Le tabagisme constitue non seulement le principal facteur de risque du cancer bronchopulmonaire (CBP), mais influence également le pronostic et la prise en charge thérapeutique de la maladie. Le sevrage tabagique pourrait avoir un impact favorable sur la qualité de vie des patients, notamment sur l’activité physique et l’état émotionnel, mais peu d’études prospectives l’ont évalué. L’objectif de notre étude était d’évaluer l’effet du sevrage tabagique sur la qualité de vie des patients atteints de CBP.
Méthodes
Nous avons mené une étude prospective au service de pneumologie du CHU Mohammed VI de Marrakech, entre janvier 2025 et juillet 2025, incluant des patients suivis pour CBP. La qualité de vie a été évaluée à l’aide des questionnaires EORTC QLQ-C30 et QLQ-LC13 en version arabe. Les patients ont été répartis en deux groupes selon leur statut tabagique : le premier groupe comprenait 14 patients non tabagiques ou tabagiques sevrés, tandis que le second groupe regroupait 14 patients tabagiques actifs.
Résultats
L’âge moyen des patients était de 56 ans, avec une consommation tabagique moyenne de 48 paquets-année, soit 44,5 PA pour le groupe sevré et 51,2 PA pour le groupe non sevré. Le score de santé globale était significativement plus élevé dans le groupe sevré (71%) comparé au groupe non sevré (53%, p=0,008). Les fonctions physiques étaient mieux conservées dans le groupe sevré, avec 75% de patients présentant une activité physique préservée contre 51% dans le groupe non sevré (p=0,019). Les troubles émotionnels, notamment l’anxiété et la nervosité, étaient plus fréquents chez les patients non sevrés (52% vs 18%, p=0,02). L’absence de troubles cognitifs était constatée chez 76% des patients sevrés et 71% des non sevrés (p=0,07). Le retentissement social de la maladie restait faible dans les deux groupes, sans différence significative (75% vs 68%, p=0,27). Les symptômes tels que les douleurs thoraciques, les troubles du sommeil et l’anorexie étaient légèrement plus fréquents dans le groupe sevré, tandis que la fatigue et la dyspnée étaient plus marquées dans le groupe non sevré. Enfin, aucune différence significative n’a été observée concernant les conséquences financières de la maladie (p=0,17). Ces résultats confirment que le sevrage tabagique améliore la qualité de vie globale des patients atteints de CBP, en particulier l’activité physique et les troubles émotionnels, ce qui rejoint les recommandations internationales.
Conclusion
Le sevrage tabagique améliore significativement la qualité de vie des patients atteints de cancer bronchopulmonaire, avec un impact particulièrement favorable sur l’activité physique et la réduction des troubles émotionnels tels que l’anxiété et la nervosité. Toutefois, une question demeure : dans quelle mesure un accompagnement multidisciplinaire incluant la nutrition, le soutien psychologique et la réhabilitation pulmonaire pourrait-il potentialiser l’effet du sevrage sur la qualité de vie et améliorer la tolérance aux traitements ?