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Introduction
La spirométrie anormale avec rapport préservé (PRISm) est définie par un VEMS < 80% et un rapport VEMS/CVF≥70%. Le PRISm est principalement décrit comme un état spirométrique précoce dans l’évolution vers la bronchopneumopathie chronique obstructive. L’hétérogénéité décrite récemment a permis de classifier le PRISm selon la présence ou non d’une restriction spirométrique et son association à plusieurs autres pathologies. Dans notre contexte marocain, les études sont limitées en ce sens, en particulier concernant sa relation avec la pré-BPCO et la BPCO. L’objectif de notre travail est d’identifier la prévalence, les caractéristiques cliniques ainsi que les phénotypes et les facteurs associés au PRISm chez un échantillon d’une population marocaine.
Méthodes
Il s’agit d’une étude rétrospective, transversale et comparative portant sur trois cent quarante-sept patients avec un profil de PRISm sans obstruction à la spirométrie, suivis au sein du service de pneumologie du CHU Mohamed IV de Marrakech, sur une période de dix-huit mois, allant de janvier 2024 à juin 2025. Les patients colligés ont été classifiés en 2 sous-groupes selon la présence d’une restriction ou non, en PRISm non restrictif (VEMS < 80%, VEMS/CVF≥70% et une CPT≥80%) et PRISm restrictif (VEMS < 80%, VEMS/CVF≥70% et une CPT < 80%). Une analyse cluster a été réalisée afin d’identifier les profils cliniques de chaque groupe. L’ensemble des valeurs spirométriques a été représenté en % de la valeur prédite. La fonction pulmonaire a été évaluée par la spirométrie et la pléthysmographie conformément aux protocoles standardisés. Un seuil de significativité de 0,05 a été retenu pour toutes les analyses statistiques.
Résultats
Sur un total de 1526 spirométries réalisées durant la période de notre étude, nous avons rassemblé trois cent quarante-sept patients respectant les critères d’inclusion (23%) : 74% sont classés PRISm non restrictif (n=257), et 26% avec un profil restrictif (n=90). Les non-restrictifs étaient plus jeunes (47,47±15,47 ans) avec une prédominance masculine (73%), alors que les restrictifs étaient un peu plus âgés (50,56 ans±15,86) et majoritairement des femmes (60%). Le VEMS moyen était différent dans les deux groupes (69%±10% chez les non-restrictifs contre 58%±13% chez les restrictifs), tout comme le rapport VEMS/CVF (81%±7% vs 85%±7%). La capacité pulmonaire totale moyenne était réduite chez les restrictifs (60%±11%), éliminant toute pseudo-restriction après pléthysmographie. L’exposition à la biomasse était plus fréquente chez les non restrictifs (60%) (fumée de bois, résidus agricoles) et le tabagisme également (40% vs 28% ; p=0,037). Le tableau clinique dans les deux groupes était représenté majoritairement par la dyspnée chez 70% des cas et la toux chez 40% des cas. Concernant les comorbidités, les non-restrictifs présentaient plus d’asthme (25%), d’hypertension artérielle et de diabète type II (20% pour chacun), la pathologie cardiovasculaire (10%), et autant de cas d’antécédents de tuberculose comparés au groupe restrictif. Tandis que les restrictifs se distinguaient d’une prévalence plus élevée d’obésité (IMC 29,35±6,37 vs 25,87±6,04 kg/m², p=7,2 × 10⁻⁶) et un taux élevé de connectivites (30%), biomarqueur d’une forte composante systémique. Durant la période d’étude, seulement 75 patients ont bénéficié de spirométrie de suivi dont six patients du groupe non restrictif ont évolué vers une BPCO sur une durée moyenne de 12 mois. La courte durée de l’étude n’a pas permis de réaliser des réévaluations pour tous les patients. Cependant, le suivi est toujours en cours, afin de bien comprendre le profil évolutif de cette entité fonctionnelle.
Conclusion
La présente étude a permis de mettre en évidence les deux sous-groupes du PRISm avec leur hétérogénéité démographique, clinique et spirométrique. Le PRISm non restrictif est associé à une exposition tabagique et à la biomasse, à un antécédent d’asthme et à une évolution potentielle vers la BPCO. Tandis que le PRISm restrictif est plutôt corrélé à un âge avancé, un IMC plus élevé, une prédominance féminine et un antécédent de maladie auto-immune.