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Introduction
Le syndrome d’apnées obstructives au cours du sommeil (SAOS) demeure sous-diagnostiqué dans les pays à revenu intermédiaire, tandis que les données multicentriques vietnamiennes restent limitées. Nous avons décrit le profil clinique par une étude prospective multicentrique, et quantifié les facteurs associés à la sévérité du SAOS, tout en évaluant la performance de deux outils de dépistage courants.
Méthodes
Étude prospective et transversale incluant des adultes adressés pour polysomnographie dans les différents laboratoires du sommeil des hôpitaux vietnamiens (Janvier – Juillet 2025). Les variables collectées comprenaient : âge, sexe, index apnées-hypopnées (IAH), index de désaturation en oxygène (ODI), SpO₂ moyenne et minimale, classification de sévérité du SAOS (normal, léger, modéré, sévère) et comorbidités (obésité, hypertension artérielle [HTA], diabète de type 2, et autres). Les critères de jugement étaient (i) la présence d’un SAOS (IAH≥5/h) et (ii) un SAOS sévère (IAH≥30/h ou classe « sévère »). Analyses statistiques : comparaisons bivariées, rapports de cotes (OR) bruts avec correction de Haldane–Anscombe et IC 95%, et performance diagnostique de l’Epworth (ESS≥10) et du STOP-BANG (≥3) vis-à-vis de la présence d’un SAOS.
Résultats
Au total, 391 patients ont été analysés (âge moyen 51,0 ans, médiane 51 ; ≈ 70,0% d’hommes). Parmi les cas classés, la forme sévère représentait ≈ 25,6%. Chez les sujets obèses vs non obèses, la proportion de SAOS sévère était de 34,0% contre 21,0% ; l’IAH moyen était de 26,5 vs 19,7 événements/heure ; et la SpO₂ minimale moyenne de 83% vs 86%. Les OR bruts indiquaient des associations positives entre la présence de SAOS et le sexe masculin, l’hypertension artérielle, le diabète et l’obésité ; pour le SAOS sévère, les signaux les plus marqués concernaient le sexe masculin et l’obésité (OR>2, intervalles de confiance à 95% compatibles avec une augmentation du risque). En dépistage de la présence de SAOS (définie par IAH≥5/h ou sévérité≥léger), l’Epworth≥10 montrait une sensibilité de 36,7% et une spécificité de 87,5% (TP=76, FP=23, FN=131, TN=161 ; N évaluable=391), tandis que le STOP-BANG≥3 présentait une sensibilité de 91,3% et une spécificité de 76,6% (TP=189, FP=43, FN=18, TN=141 ; N évaluable=391). L’analyse ROC/AUC spécifique à la cohorte confirmait une discrimination modérée pour le STOP-BANG (AUC=0,677 ; seuil optimal de Youden ≈≥5 avec sensibilité 51,7% et spécificité 74,1%) et faible pour l’Epworth (AUC=0,507 ; seuil optimal ≈≥17 avec sensibilité 7,7% et spécificité 98,3%), étayant l’usage du STOP-BANG comme outil d’exclusion initial et de l’ESS pour enrichir les cas symptomatiques.
Conclusion
Dans cette étude multicentrique vietnamienne, le sexe masculin et l’obésité émergent comme déterminants majeurs de la sévérité du SAOS, avec des implications pratiques pour le dépistage ciblé et la stratification du risque. La standardisation des données et la mise en place de registres prospectifs permettront d’affiner des modèles ajustés et d’évaluer des stratégies de prise en charge personnalisées.