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Introduction
Les mécanismes biologiques par lesquels l’exposition aux moisissures affecte l’asthme sont mal connus. Nous avons étudié la relation entre des cytokines impliquées dans les voies T2/non-T2/Th17, l'exposition aux moisissures au domicile et l'asthme chez les adultes de la cohorte CONSTANCES.
Méthodes
Les participants de la cohorte CONSTANCES sont suivis annuellement par questionnaire et ont un suivi complet (questionnaire sur la santé respiratoire + prise de sang) tous les 4 ans. L’ensemble des asthmatiques actuel (n=989) et un échantillon aléatoire de non-asthmatiques (n=989), identiques en terme de surface moisie, ont été sélectionnés parmi les 11825 participants ayant répondu au questionnaire de 2019 sur les caractéristiques du logement et la contamination par les moisissures et ayant eu un suivi complet entre 2019-2021. L'asthme actuel (CA) a été défini par la déclaration dans les 12 derniers mois de crises d'asthme, de symptômes ou de traitements, et l'exposition aux moisissures au domicile par la déclaration de moisissures visibles (oui/non). La taille de la surface moisie (0=pas de moisissures visibles,>0-< 0,2, 0,2-1,≥1m²) a été étudiée. Quatre groupes ont été définis à partir de l’exposition aux moisissures (Exp) et de CA : Exp-/CA- (référence), Exp+/CA-, Exp-/CA+, Exp+/CA+. Vingt-cinq cytokines sériques ont été dosées à l’aide de kits ProcartaPlex (Thermo Fisher), et 15 ont été étudiées dans le présent travail : voie T2 : CD40L, Eotaxine-3, Interleukine (IL)-9, IL-10, IL-18, RANTES, TARC, TGF-β, TSLP (lymphopoïétine stromale thymique) ; non-T2 : IL-6, IL-8, IP-10, TNF-α ; et Th17 : IL-21, IL-22. Les intensités de fluorescence ont été normalisées afin de tenir compte de la variabilité inter-plaques et log-transformées avant les analyses. Les associations entre les cytokines et les groupes moisissure/asthme et la surface moisie ont été estimées par modèles multinomiaux (réf. Exp-/CA-) et linéaires ajustés(a) sur l'âge, le sexe, le statut tabagique, l'indice de masse corporelle, le niveau d'éducation et l'indice de désavantage social (FDep). Les Odds-ratio (OR) sont exprimés pour une augmentation d’un intervalle interquartile.
Résultats
La présence de moisissures visibles était rapportée par 32% des 1978 adultes (âge moyen : 53 ans, 54% de femmes, 8% de fumeurs actuels, 33,9% Exp-/CA-, 33,9% Exp-/CA+, 16,1% Exp+/CA-, 16,1% Exp+/CA+, 1,8% avec une surface moisie≥1m²). L'éotaxine-3 était associée à Exp-/CA+ (OR(a)=1,43[1,23-1,66]) et à Exp+/CA+ (1,32[1,10-1,59]). La TSLP était associée à Exp+/CA- (OR(a)=1,11[1,00-1,23]) et à Exp-/CA+ (1,14[1,04-1,24]). Une tendance linéaire positive entre la surface moisie et TSLP était observée (p-tendance=0,006) chez les non-asthmatiques (CA-). Des associations significatives entre TARC, RANTES et Exp+/CA+ étaient observées (OR(a)=1,23[1,02-1,49], 1,39[1,14-1,63] respectivement). Aucune autre association significative n’a été trouvée.
Conclusion
Les résultats suggèrent un rôle important de la voie T2 dans l’association entre l’exposition aux moisissures et l’asthme, et que TSLP pourrait être un médiateur. Des endotypes d'asthme basés sur des données cliniques et biologiques, dont les 25 cytokines (T2/non-T2/Th17), sont en cours d’identification.