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Introduction
L’asthme est une pathologie respiratoire chronique fréquente, sévère et mal contrôlée pour 4% des patients. Les connaissances physiopathologiques avec l’implication des cytokines de l’inflammation T2 a permis l’essor des biothérapies, transformant la prise en charge des asthmes sévères. Toutefois, le caractère récent de ces médicaments justifie une surveillance étroite de leur profil de sécurité.
Méthodes
Nous avons conduit une étude observationnelle à partir des données de pharmacovigilance (PV) française pour les 5 molécules disposant d’une AMM, de leur mise sur leur marché jusqu’au 17 septembre 2024, quelle qu’en soit l’indication, ainsi que des données d’exposition de l’assurance maladie. Données de consommation, caractéristiques des patients, effets indésirables déclarés, et narratifs cliniques ont été étudiés. Des analyses secondaires des effets selon l’indication de prescription, et des effets ayant une imputabilité élevée ont également été réalisées. Les effets graves et inattendus ont bénéficié d’une analyse détaillée à partir des données cliniques disponibles.
Résultats
Une augmentation constante du nombre de patient sous biothérapie est observée, avec plus de 90000 patients traités en 2024. La majorité des patients sont des femmes sauf sous dupilumab (49%). La population pédiatrique représente 10% et 13% des consommants de l’omalizumab et du dupilumab, moins de 5% pour les autres biothérapies. Parmi 1830 cas, 3299 effets indésirables (1,8 effets/cas) ont été analysés. L’âge médian des patients fluctue selon la molécule étudiée (de 37 ans sous benralizumab, à 57 ans sous mépolizumab). Les déclarations sont essentiellement issues de médecins (77%) et de pharmaciens (14%), les notifications faites par les patients restent minoritaires (3 à 11% selon les molécules). 43% des cas sont considérés comme graves. La majorité des effets indésirables retrouvés sont communs à toutes les molécules, bien décrits dans la littérature. Il s’agit essentiellement d’asthénie, de réactions au site d’injection, de réactions cutanées, de céphalées, et d’arthralgies. Ces dernières semblent retardées et associées à des atteintes rhumatismales sous mépolizumab. Sous dupilumab, les cas d’hyperéosinophilie peuvent être associés à des manifestations cliniques graves, tandis que des complications oculaires sont fréquemment retrouvées, y compris dans la population asthmatique. Peu décrits jusqu’à présent, des effets indésirables thrombo-emboliques sont observés sous omalizumab. Quelques effets survenant spécifiquement pour certaines indications sont retrouvés : hémophilie acquise sous omalizumab dans la pemphigoïde bulleuse, pneumonies organisées sous dupilumab dans la polypose nasosinusienne. Un nombre plus important de tumeurs cutanées est rapporté sous dupilumab.
Conclusion
La majorité des effets indésirables retrouvés en vie réelle sont bien décrits et peu sévères. Beaucoup sont communs aux différentes molécules mais quelques effets spécifiques ont été identifiés. Par ailleurs quelques nouveaux effets indésirables non encore rapportés, parfois graves, ont été observés justifiant la poursuite d’une surveillance accrue de ces traitements.