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Introduction
La co-infection VIH–tuberculose constitue un enjeu majeur, chaque infection accélérant l’évolution de l’autre et posant des défis spécifiques, notamment liés aux effets indésirables des traitements antibacillaires. Les données marocaines sur leur profil et leur prise en charge demeurent limitées ; notre étude en rapporte l’expérience dans un centre de référence.
Methode :
Étude rétrospective descriptive portant sur 57 patients co-infectés pris en charge au CHU Moulay Youssef de Rabat entre janvier 2020 et mars 2024. Les données ont été recueillies à partir des dossiers médicaux.
Resultats :
L’âge moyen était de 38,4 ans (14–64), avec 54% d’hommes. Les antécédents les plus fréquents étaient le tabagisme (49%) et une tuberculose antérieure (11%).
La tuberculose était pulmonaire dans 63% des cas, disséminée dans 29% et extra-pulmonaire dans 7%, et révélait l’infection par le VIH dans 79% des cas. La bacilloscopie était positive chez 74% des patients.
Un traitement de première ligne a été utilisé chez 89%, tandis que 11% ont reçu un traitement de deuxième ligne pour pharmacorésistance.
Au total, 51% des patients ont présenté au moins un effet indésirable dominés par les hépatites médicamenteuses (40%, dont 38% immunoallergiques et 2% toxiques), suivies par l’intolérance digestive (24%) et les atteintes cutanées (16%). Les neuropathies périphériques (9%), la néphrotoxicité (5%) et les arthralgies (3%) étaient moins fréquentes.
Les effets sont apparus en moyenne à 25 jours, 76% durant le premier mois. Les patients touchés étaient majoritairement âgés>30 ans (67%), avec pharmacorésistance (67%) ou sous antirétroviraux (59%).
La prise en charge a été individualisée : traitement symptomatique et surveillance (39%), réintroduction progressive après fenêtre thérapeutique (49%) ou modification du protocole (11%). L’évolution a été favorable chez 73%, 10% sont décédés et un patient a été perdu de vue.
Conclusion
Cette série marocaine fournit des données locales inédites sur les effets indésirables des traitements antibacillaires chez les patients co-infectés VIH–tuberculose. Les effets sont fréquents et précoces, particulièrement en cas de pharmacorésistance ou d’association aux antirétroviraux. Une surveillance étroite et une adaptation thérapeutique rapide sont essentielles pour améliorer l’issue clinique et guider la prise en charge future.