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Introduction
L’obésité constitue un problème majeur de santé publique, souvent associée à de nombreuses comorbidités métaboliques, cardiovasculaires et respiratoires. L’obésité et le sommeil entretiennent une relation complexe, bidirectionnelle et multifactorielle, qui reste encore insuffisamment explorée. L’objectif de notre étude était d’évaluer la qualité du sommeil (QDS) chez les adultes obèses et de déterminer les facteurs qui y sont associés.
Méthodes
Il s'agit d'une étude transversale menée en 2024 au service d’endocrinologie du CHU Hedi Chaker de Sfax auprès d’adultes obèses. L’évaluation incluait des questionnaires standardisés (IPAQ, PHQ-9, PSQI, ESS, STOP-BANG), une enquête alimentaire, un examen somatique et, en cas de risque élevé de syndrome d'apnées hypopnées du sommeil (SAHS), une polygraphie respiratoire
Résultats
Nous avons inclus 200 adultes obèses (âge moyen 50 ans ; sex-ratio H/F=0,2), majoritairement sédentaires (73,5%) et présentant de fréquentes comorbidités : dyslipidémie (66%), arthrose (60,5%), hypertension artérielle (57%), syndrome métabolique (53,5%) et reflux gastro-œsophagien (37%). L’IMC moyen était de 39,1±8,2 kg/m², avec 45% ayant une obésité morbide. La moitié des participants présentait une dépression modérée à sévère et des troubles du comportement alimentaire, et seulement 46% étaient actifs sur le plan professionnel. L’évaluation ORL a montré 20 cas de rhinite allergique, 10 de macroglossie et 2 de rétrognathisme, avec des classes Mallampati III–IV retrouvés chez 57,9% d'entre eux. Tous présentaient un risque élevé de SAHS, confirmé par polygraphie chez 67% (dont 52,3% sévère), avec un seul cas de syndrome d’obésité hypoventilation associé. La qualité globale du sommeil évaluée par PSQI était altérée chez 64% des patients, avec difficultés d’endormissement modérées à sévères (C2) retrouvées chez 49% des participants, des réveils nocturnes fréquents (C5) chez plus de la moitié (56%) et une mauvaise forme diurne (C7) dans 48% des cas. L’analyse des composantes du PSQI a également montré que 49% jugeaient leur sommeil assez à très mauvais (C1), 53,5% dormaient plus de 7 heures par nuit (C3) et 83% avaient une efficacité de sommeil jugée bonne (C4), un pourcentage contrastant avec les résultats antérieurement énoncés soulignant certaines limites méthodologiques de l’outil. Les facteurs associés à l’altération globale du sommeil étaient le sexe féminin (OR=3,27), la sévérité du SAHS (OR=3,57), la dépression (OR=25,29) et le reflux gastro-œsophagien (OR=2,01).
Conclusion
Nos résultats montrent que les patients obèses présentent souvent un sommeil altéré. Ce qui justifie la nécessité d’une évaluation systématique de la QDS chez les sujets obèses.