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Introduction
La tuberculose à bacilles sensibles est habituellement traitée par une quadrithérapie de première ligne. Les antituberculeux de seconde ligne, réservés aux formes multirésistantes, peuvent être utilisés en cas de contre-indication ou d’intolérance du traitement anti-tuberculeux de 1ère ligne, mais leur toxicité impose une évaluation et un suivi strict.
L'objectif de notre étude est d'évaluer l’intérêt du recours aux antituberculeux de seconde ligne chez les patients atteints de tuberculose sensible.
Méthodes
Étude rétrospective menée entre janvier 2020 et juillet 2025 au service de pneumo-allergologie, pavillon C, de l’hôpital Abderrahmane Mami, incluant 16 patients atteints de tuberculose sensible et ayant reçu un traitement comportant au moins une molécule de seconde ligne. L’analyse a porté sur les indications de ce recours, les modalités d’utilisation ainsi que les résultats cliniques obtenus.
Résultats
Seize patients ont été inclus, avec un sex-ratio de 1,3 et un âge moyen de 52 ans [29–72]. Les localisations observées étaient pulmonaires (n=8), ganglionnaires (n=4), pleurales (n=2), digestives (n=2) et urogénitale (n=1). L’enquête de pharmacovigilance associée à un test de réintroduction médicamenteuse a identifié la rifampicine comme médicament incriminé dans 10 cas, la pyrazinamide dans 5 cas, l’éthambutol dans 6 cas et l’isoniazide dans 6 cas. Les molécules de seconde ligne les plus prescrites étaient la lévofloxacine (n=16), la cyclosérine (n=16), l’éthionamide (n=14), la clofazimine (n=4), la bédaquiline (n=3) et l’amikacine (n=2), administrées seules ou en association avec certains antituberculeux de première ligne tolérés (n=10). Les motifs d’arrêt du traitement de première ligne étaient principalement l’anaphylaxie de grade deux ou plus (n=8), les toxidermies (n=4) comprenant un syndrome de DRESS (n=3) et une toxidermie sévère desquamative (n=1), les atteintes neurologiques (n=3) à type de névrite optique rétrobulbaire (n=2) ou de neuropathie périphérique (n=1), ainsi que l’hépatotoxicité (une cholestase (n=1) et une cytolyse hépatique (n=2)). Sept patients ont terminé leur traitement (durée médiane : 13,7 mois [6–24]) avec une guérison dans tous les cas. Un arrêt précoce a été noté pour une neuropathie périphérique (2 mois). Deux patients ont été perdus de vue et six ont été encore sous traitement.
Conclusion
Malgré leur toxicité et la durée prolongée du traitement, les molécules antituberculeuses de seconde ligne peuvent présenter une alternative thérapeutique dans la tuberculose sensible en cas d’impasse thérapeutique. Leur prescription doit rester réservée aux centres spécialisés, des études portant sur cette population sont nécessaires pour élaborer des recommandations claires.