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Introduction
La tuberculose reste un problème majeur de santé publique. Au Maroc, l’analyse de la situation épidémiologique de la tuberculose et de sa dynamique a confirmé l’influence des déterminants sociaux notamment le genre et la précarité sur l’incidence de la maladie. Notre étude vise à évaluer l’impact de ces déterminants sur les issues thérapeutiques des patients atteints de tuberculose.
Méthodes
Il s’agit d’une étude transversale rétrospective multicentrique réalisée aux centres de tuberculose et des maladies respiratoires (CDTMR) de la région Souss Massa, entre Juin 2024 et Janvier 2025. Les données étaient collectées à partir des dossiers médicaux. L’analyse statistique a exploré les associations entre le genre, l’issue thérapeutique et le statut de précarité défini par un revenu inférieur au SMIG (3045,96 dirhams), un revenu non régulier ainsi que l’absence de couverture médicale.
Résultats
Parmi les 282 patients inclus, 48,6% étaient des femmes et 51,4% des hommes, avec un sexe ratio H/F=1,05. La moyenne d’âge était de 36,3±18,9 ans. La population migrante représentait 2,5% de notre échantillon. La proportion des patients en situation de précarité était de 17,7% [13,7-22,7]. Cette proportion était significativement plus élevée chez les hommes (68%) que chez les femmes (32%) (p=0,01). Dans notre étude, la tuberculose extra-pulmonaire était observée chez 59,6% des cas contre 36,5% pour la tuberculose pulmonaire. Une association significative entre le genre et le type de tuberculose a été trouvée (p< 0,001). Les femmes étaient nettement touchées par la forme extra-pulmonaire (75,2%), tandis que les hommes étaient plus affectés par la forme pulmonaire (52,4%). L’évolution était favorable chez 95,7% de la totalité des patients. Toutefois, 4,3% ont connu une issue défavorable, dont 1,1% de perdus de vue. La proportion des issues défavorables était significativement plus élevée chez les hommes (83,3%) que chez les femmes (16,7%) (p=0,024). Aucune association significative n’a été observée entre la précarité et les réponses thérapeutiques. En analyse multi-variée, le genre masculin (AOR=4,77, IC95% [1,00-22,70], p< 0,049) et le statut migrant (AOR=12,9, IC95% [1,66-100,24], p< 0,014), représentaient les facteurs de risque des issues défavorables de notre échantillon.
Conclusion
Cette étude révèle un double fardeau lié au genre et à la précarité dans la prise en charge de la tuberculose. Des approches communautaires et une meilleure intégration des déterminants sociaux sont recommandées pour réduire les inégalités et promouvoir l’équité en santé.