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Introduction
La prise en charge de la BPCO reste un défi, notamment en raison de la fréquence des exacerbations, qui altèrent la qualité de vie et augmentent la mortalité. L’éducation thérapeutique du patient (ETP), en favorisant l’autonomie et l’adhésion aux traitements, apparaît comme une stratégie prometteuse pour prévenir ces décompensations.
Méthodes
Nous avons conduit une étude prospective au service de pneumologie au CHU Mohammed VI de Marrakech sur 6 mois auprès des patients suivis pour BPCO et ayant bénéficié d’un programme structuré d’ETP. Celui-ci comprenait : des séances collectives interactives, ateliers pratiques sur l’utilisation correcte des dispositifs d’inhalation, des sessions d’information sur la maladie et ses facteurs aggravants, mesures d’hygiène de vie et accompagnement au sevrage tabagique et l’activité physique. Les patients ont été évalués à l’inclusion puis après un suivi à 6 mois. Les paramètres étudiés étaient la fréquence des exacerbations, l’observance thérapeutique (questionnaire de Morisky-Green-Levine), la fonction respiratoire (VEMS/CVF) et la qualité de vie (EQ-5D).
Résultats
76 patients ont été inclus, avec un âge médian de 58 ans (extrêmes 44–74) et une nette prédominance masculine (82%). La majorité d’entre eux (61%) présentait un niveau socio-économique bas. Parmi les antécédents, on retrouvait un tabagisme actif chez 47% des patients. Les comorbidités les plus fréquentes étaient l’hypertension artérielle (34%), le diabète (27%), la cardiopathie ischémique (18%) et l’obésité (11%). Selon la classification GOLD, 22% des patients étaient au stade A, 41% au stade B et 37% au stade E. Une hyperéosinophilie≥300/µl a été observée chez 18% des patients. En termes de traitement de fond, 56% des patients étaient sous bithérapie LABA+LAMA, 29% recevaient une trithérapie associant LABA, LAMA et CSI, tandis que 15% étaient traités par un seul bronchodilatateur (LABA ou LAMA). Avant le programme, le VEMS moyen était de 52% de la valeur prédite (extrêmes 29–78) et le rapport de Tiffeneau moyen de 61% (38–69), tandis qu’après 6 mois de suivi, le VEMS moyen s’est amélioré à 57% et le rapport de Tiffeneau à 64%, reflétant une amélioration significative de la fonction respiratoire. La qualité de vie évaluée par le questionnaire EQ-5D était initialement modérée, avec des difficultés légères à modérées sur la mobilité, les activités quotidiennes et l’anxiété-dépression ; après le programme, on a observé une amélioration notable dans toutes les dimensions, notamment la mobilité, l’autonomie, les activités courantes et l’anxiété-dépression. Le nombre moyen d’exacerbations est passé de 2,3±0,9/an avant inclusion à 1,0±0,6/an après 6 mois de suivi, soit une diminution de plus de 55%, accompagnée d’une amélioration de l’observance thérapeutique qui est passée de 34% à 83%.
Conclusion
Le programme d’éducation thérapeutique chez les patients BPCO a permis une réduction significative des exacerbations, une amélioration de la fonction respiratoire et de la qualité de vie, tout en renforçant l’adhésion au traitement, ouvrant la voie à l’intégration future de l’autogestion des exacerbations comme stratégie clé de prise en charge.