· Abstracts CPLF 2026

De la e-cigarette au tabagisme classique au Maroc : quels profils pour l’effet passerelle ?

Résumé PO07-250
Baani G.*1 ; Abrar S.1 ; Amrani Y.1 ; Halloumi O.1 ; Abdala S.1 ; Serhane H.1
1Service de Pneumologie, CHR Hassan II, CHU Souss Massa, Laboratoire LARISS, FMPA, Université Ibn Zohr, Agadir, Maroc

Auteur correspondant : Baani G. email


Introduction

La cigarette électronique est souvent perçue comme une alternative moins nocive au tabac. Toutefois, elle pourrait constituer une porte d'entrée vers le tabagisme classique, phénomène connu sous le nom d'« effet passerelle » (gateway effect). Cet effet est particulièrement préoccupant chez les jeunes, population sensible aux influences sociales et aux perceptions erronées de risque. L'objectif de notre étude est d'identifier les facteurs associés à cette transition afin de mieux orienter les stratégies de prévention.

Méthodes

Une étude transversale descriptive et analytique a été menée à Agadir pendant six mois auprès de jeunes (15–30 ans), étudiants ou jeunes professionnels. Un questionnaire anonyme a recueilli des données socio-démographiques, les habitudes de vapotage, les perceptions associées, les facteurs environnementaux et la transition éventuelle vers le tabagisme classique. L’analyse statistique a été réalisée avec SPSS version 26,0. Les associations ont été considérées significatives pour p < 0,05.

Résultats

Parmi 250 participants (âge moyen 23,8 ans ; 70,6% d’hommes), 67,6% étaient étudiants et 32,4% jeunes professionnels exerçant dans les domaines de la santé (50%), de l’économie (42,3%), des sciences humaines (3,8%) ou de l’ingénierie (3,8%).

L’âge moyen d’initiation au vapotage était de 19,4 ans (15–30), avec une fréquence quotidienne dans 58,3% des cas. Une majorité (82,4%) utilisait des liquides nicotinés, le plus souvent faiblement dosés (1–6 mg : 41,2%).

Les principales motivations étaient la curiosité (41,2%), le sevrage (38,2%), la gestion du stress (35,3%), l’influence des amis (23,5%) et le goût (14,7%). Parmi les vapoteurs, 88,2% ont également déclaré fumer la cigarette classique.

L’analyse statistique a révélé que la fréquence élevée de vapotage, même chez les utilisateurs de liquides sans nicotine, est significativement associée à la transition vers le tabagisme classique (p=0,023). Ce phénomène s’explique par l’habitude comportementale et sociale créée par le vapotage fréquent. Par ailleurs, la présence de nicotine dans les liquides renforce ce risque via une dépendance physique, ce qui accentue l’effet passerelle.

Les raisons principales du passage au tabac étaient la curiosité (47,8%), le coût moindre du tabac (34,8%), la dépendance à la nicotine (21,7%), la facilité d’acquisition (21,7%) et l’influence des amis (8,7%). L’entourage familial et amical fumeur était fréquent (61,8% et 84,1% respectivement). Des consommations associées d’alcool (47,1%) et de cannabis (11,8%) ont également été rapportées.

Conclusion

Cette étude souligne une prévalence élevée de l’effet passerelle (88,2%) chez les jeunes vapoteurs. La fréquence élevée de vapotage constitue un facteur clé du risque, même en l’absence de nicotine, soulignant le rôle des habitudes comportementales. La dépendance à la nicotine amplifie ce phénomène en introduisant une dimension de dépendance physique. Ces résultats soulignent l’importance de mesures préventives ciblées, incluant la sensibilisation aux risques réels du vapotage et une régulation accrue de son accès pour limiter ce phénomène.


Baani G. * ; Abrar S. * ; Amrani Y. * ; Halloumi O. * ; Abdala S. * ; Serhane H. *
*Déclarent ne pas avoir de lien d'intérêt en rapport avec ce résumé.