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Introduction
La pneumocystose (PJP), due à Pneumocystis jirovecii, est une infection opportuniste sévère touchant aujourd’hui principalement les patients immunodéprimés non infectés par le VIH. Cette population hétérogène présente une mortalité élevée, estimée entre 25 et 50%. Alors que le bénéfice des corticoïdes est clairement établi chez les patients VIH, leur rôle reste incertain dans les autres contextes d’immunodépression, avec des résultats contradictoires dans la littérature. L'objectif de ce travail est donc d'évaluer la place de la corticothérapie dans la pris en charge des patients immunodéprimés non-VIH hospitalisés pour PJP.
Méthodes
Nous avons, via une étude rétrospective et monocentrique menée au CHU de Caen, inclus des patients immunodéprimés non-VIH hospitalisés pour PJP entre janvier 2013 et décembre 2024. Le critère de jugement principal de cette étude était la mortalité à 30 jours. Les critères de jugement secondaires comprenaient la mortalité à 90 jours et à 1 an, la survenue d'une infection dans les 6 mois et l'identification des facteurs de risque associés au décès à 30 et 90 jours. En outre, des analyses de sous-groupes ont été réalisées afin de comparer les résultats entre les patients admis dans des unités de soins intensifs et ceux pris en charge dans des établissements de soins standard.
Résultats
Cette étude rétrospective monocentrique a inclus 101 patients immunodéprimés non-VIH hospitalisés pour PJP prouvée/probable au CHU de Caen entre 2013 et 2024,39 ont reçu une corticothérapie adjuvante. La mortalité à 30 jours était de 26% dans le groupe corticothérapie contre 18% dans le groupe sans corticothérapie, sans différence significative après ajustement. De même, aucun bénéfice n’a été mis en évidence à 90 jours ni à un an. La corticothérapie n’a pas non plus réduit la durée d’oxygénothérapie ni influencé l’incidence des infections secondaires. Les facteurs associés à une meilleure survie étaient l’admission en unité de soins conventionnels et un âge plus jeune, la corticothérapie ne ressortant pas comme protectrice.
Conclusion
En conclusion, cette étude ne met pas en évidence d’effet bénéfique de la corticothérapie dans la PJP des patients non-VIH. Toutefois, les données récentes de l’étude PIC suggèrent un intérêt potentiel sur la survie à 90 jours dans les formes les plus sévères, justifiant de nouvelles études ciblées notamment par sous type d'immunodépression.