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Introduction
L’asthme sévère non contrôlé représente un fardeau important en termes de morbidité et de coûts liés aux hospitalisations, aux exacerbations et aux arrêts de travail. L’omalizumab, anticorps monoclonal anti-IgE, a démontré son efficacité clinique et son intérêt pharmacoéconomique dans de nombreux pays. But du travail est d’évaluer l’impact médico-économique de l’omalizumab chez les patients asthmatiques sévères suivis au service de pneumologie du CHU Mohammed VI de Marrakech.
Méthodes
Nous avons mené une étude observationnelle rétrospective ayant inclus 13 patients traités par omalizumab pour asthme sévère allergique. Les données recueillies ont porté sur plusieurs paramètres cliniques et économiques. Sur le plan clinique, nous avons analysé la fréquence annuelle des exacerbations sévères nécessitant une hospitalisation ainsi que le recours aux cures de corticoïdes oraux. L’évolution du contrôle de l’asthme a été évaluée à l’aide du score ACT (Asthma Control Test). Parallèlement, nous avons étudié les coûts directs liés à la prise en charge de l’asthme, comprenant les dépenses associées aux hospitalisations, aux passages aux urgences et aux traitements de fond. La comparaison des résultats a été effectuée entre l’année précédant l’introduction du traitement par omalizumab et l’année suivant son instauration, afin de mettre en évidence l’impact clinique et médico-économique de ce traitement dans notre contexte
Résultats
Un total de 13 patients ont été inclus dans cette étude, avec un âge moyen de 43±8 ans. Parmi les participants, trois étaient des hommes et dix femmes. Après une durée moyenne de suivi de douze mois sous omalizumab, les 13 patients inclus ont présenté une amélioration clinique notable. Le nombre moyen d’exacerbations sévères a diminué d’environ 65%, avec une baisse de 70% des hospitalisations liées à l’asthme, passant de 2,2 à 0,6 hospitalisation par patient et par an. La consommation de cures de corticoïdes oraux a été réduite de 60%, tandis que le score ACT est passé en moyenne de 12 à 21, traduisant un meilleur contrôle de la maladie. Sur le plan de la qualité de vie, tous les patients ont rapporté une amélioration significative de leur confort respiratoire, de leur tolérance à l’effort et de leur capacité à mener leurs activités quotidiennes. Sur le plan économique, le coût annuel moyen par patient avant introduction de l’omalizumab était estimé à 28 000 MAD (2800 USD), dont 18 000 MAD (1800 USD) pour les hospitalisations, 5 000 MAD (500 USD) pour les passages aux urgences, 3 000 MAD (300 USD) pour les cures de corticoïdes et 2 000 MAD (200 USD) pour les traitements de fond. Après mise sous omalizumab, le coût annuel du traitement s’est élevé à environ 80 000 MAD (8000 USD) par patient, auxquels s’ajoutaient 9 000 MAD (900 USD) pour les hospitalisations et urgences résiduelles ainsi que 2 000 MAD (200 USD) pour le traitement de fond, soit un coût total de 91 000 MAD (9100 USD). La réduction des hospitalisations et des urgences a permis une économie directe estimée à 19 000 MAD (1900 USD) par patient et par an, compensant ainsi près d’un quart du surcoût du traitement. Enfin, aucun effet secondaire notable n’a été rapporté durant la période de suivi, ce qui confirme la bonne tolérance de l’omalizumab dans notre cohorte. Au-delà de l’aspect financier, les bénéfices cliniques et la nette amélioration de la qualité de vie confirment l’intérêt médico-économique de l’omalizumab dans le contexte marocain.
Conclusion
Notre série met en évidence l’apport de l’omalizumab dans la prise en charge de l’asthme sévère, avec une amélioration clinique marquée et une diminution significative du recours aux hospitalisations et aux urgences. Malgré le coût élevé de ce traitement, la réduction des dépenses liées aux soins aigus et l’amélioration de la qualité de vie des patients plaident en faveur de son intégration dans la stratégie thérapeutique, en particulier dans les contextes où le fardeau économique de l’asthme reste élevé.