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Introduction
La répartition des espèces d’Aspergillus varie selon le climat, Aspergillus fumigatus étant davantage associé aux régions tempérées et A. flavus et A. niger aux climats plus chauds [1]. Les espèces non-fumigatus peuvent causer des maladies pulmonaires, mais leur diagnostic reste difficile avec des outils développés pour A. fumigatus [2]. Nous avons comparé la diversité des sections d’Aspergillus respiratoires entre les CHU de La Réunion et de Rennes et évalué les implications diagnostiques des isolements non-Fumigati à La Réunion.
Méthodes
Une étude rétrospective a inclus l’ensemble des cultures respiratoires positives à Aspergillus aux CHU de La Réunion et de Rennes (Bretagne) de septembre 2020 à août 2024. Les identifications ont été harmonisées par section, chacune comptabilisée une fois par patient. La diversité a été évaluée par l’indice de Shannon et les distributions comparées par χ² de Pearson ou test exact de Fisher. Un isolement était « notable » si≥2 cultures non profondes ou≥1 culture profonde étaient positives pour la même section. À La Réunion, l’aspergillose bronchopulmonaire allergique (ABPA) et l’aspergillose pulmonaire chronique (APC) ont été évaluées selon des critères standardisés. En l’absence d’IgE spécifique correspondant à un isolement notable non-Fumigati, les autres critères ISHAM 2024 d’ABPA ont été recherchés à titre exploratoire.
Résultats
À La Réunion, 789 cultures respiratoires positives chez 322 patients représentaient 433 sections après déduplication par patient. La distribution différait fortement de Rennes (Fig. 1A) : Fumigati représentait 40,4% contre 77,5%, Nigri 28,4% contre 10,3%, Flavi 10,9% contre 2,9% et Versicolores 8,5% contre 1,5% (p ajusté < 0,001 pour chaque section). La diversité était supérieure à La Réunion (Shannon : 1,49 contre 0,85 ; différence 0,64 [0,51–0,75] ; p < 0,001). Ce profil persistait en cas de mucoviscidose (Fig. 1B) et chez les patients répondant aux critères de dépistage biologique de l’ABPA ou de l’APC (Fig. 1C). Parmi 154 patients avec isolement respiratoire notable, 71 (46,1%) présentaient au moins une section non-Fumigati. Nigri était retrouvé dans 21,6% des ABPA et 9,7% des APC, mais ses isolements notables étaient moins souvent associés à une aspergillose que ceux de Fumigati (17,0% contre 35,4% ; p=0,031). Les IgE spécifiques correspondantes n’avaient pas été recherchées dans 76,6% des isolements Nigri notables et 88,9% des Flavi. Une analyse exploratoire identifiait 10/71 patients (14,1%) avec isolement notable non-Fumigati remplissant les autres critères ISHAM d’ABPA sans IgE spécifique correspondante.
Conclusion
La diversité des Aspergillus respiratoires est nettement supérieure au CHU de La Réunion par rapport au CHU de Rennes, avec une forte représentation des sections non-Fumigati. Dans ce contexte tropical, l’utilisation d’outils diagnostiques principalement centrés sur A. fumigatus pourrait contribuer à méconnaître certaines ABPA impliquant des Aspergillus non-Fumigati, soulignant l’intérêt d’adapter les stratégies diagnostiques à l’écologie aspergillaire locale.
Références
[1] iScience. 2026 ; 29 : 114911. doi : 10,1016/j. isci. 2026,114911
[2] J Clin Microbiol. 2026 ; 64 : e00163-26. doi : 10,1128/jcm. 00163-26