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Introduction
La tuberculose ne doit plus être appréhendée sous le prisme restrictif de l'infection aiguë. Si l'éradication du bacille de Koch marque la fin du protocole standard, elle ne garantit en rien la restitution de l'intégrité pulmonaire. Le « paradoxe de la guérison » réside dans cette transition brutale d'une pathologie curative vers une maladie chronique invalidante, marquée par des remaniements parenchymateux profonds. Il est désormais impératif de passer d'une logique de simple succès bactériologique à une vision globale de la santé respiratoire.
Méthodes
Pour quantifier l'ampleur de ce fardeau, une approche rétrospective a été privilégiée au service de pneumologie au CHU Mohammed VI de Marrakech sur une durée de 2 ans s’étalant de Août 2024 à Août 2026. Les paramètres évalués incluaient les profils sociodémographiques, les comorbidités, les signes fonctionnels et les anomalies radiologiques, permettant d'appréhender la réalité de la morbidité post-tuberculeuse sur le terrain. Ce choix méthodologique est essentiel pour évaluer les complications différées et à long terme de l'infection.
Résultats
L'analyse révèle une population vulnérable de 96 patients : 75% ont entre 35 et 65 ans, avec une prédominance masculine marquée (sex-ratio de 3,76) et un niveau socio-économique bas dans 70% des cas. Le tabagisme, facteur de fragilisation bronchopulmonaire majeure, est noté chez 52,3% des sujets. Le tableau clinique est dominé par la toux (90,3%) et la dyspnée (72,7%). Un seul épisode tuberculeux a suffi à générer des séquelles chez 72% des patients, avec des lésions fibro-cavitaires présentes dans 52,2% des cas. La surinfection constitue le premier motif d'hospitalisation (50%). Le pronostic est préoccupant : le taux de décès intra-hospitalier atteint 19%, et 13,28% des patients décèdent dans les six mois suivant leur sortie. Parmi les 81% de survivants initialement libérés, 14,2% souffrent d'insuffisance respiratoire chronique.
Conclusion
La guérison bactériologique de la tuberculose ne marque pas la fin du parcours de soins, mais le début d’une nouvelle étape consacrée aux conséquences à long terme de la maladie. Les séquelles respiratoires peuvent persister malgré la négativation microbiologique, entraînant une altération durable de la fonction pulmonaire, de la qualité de vie et parfois une insuffisance respiratoire chronique. Leur dépistage et leur prise en charge précoce devraient ainsi s’inscrire pleinement dans les stratégies de lutte contre la tuberculose, au même titre que le traitement de l’infection active. Sommes-nous suffisamment préparés à assurer le suivi des patients après leur guérison de la tuberculose, et comment intégrer efficacement la prise en charge des séquelles dans les programmes nationaux de lutte antituberculeuse ?