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Introduction
Le syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS) est classiquement défini et gradé selon l’index d’apnées-hypopnées (IAH), qui quantifie la fréquence des événements respiratoires nocturnes. Cependant, l’IAH ne rend pas compte directement de leur retentissement hypoxémique. Ainsi, deux patients présentant un IAH comparable peuvent être exposés à une hypoxie nocturne d’intensité et de durée très différentes. La charge hypoxique nocturne (CHN), intégrant l’amplitude et la durée des désaturations, pourrait apporter une information complémentaire sur la sévérité physiopathologique du SAOS.
Méthodes
Nous avons réalisé une étude prospective portant sur 53 patients explorés pour un SAOS. Les données cliniques et polysomnographiques recueillies comprenaient notamment l’IAH, l’index de désaturation en oxygène (IDO), la SpO₂ moyenne, la SpO₂ minimale, le temps passé avec une SpO₂ < 90% (T90) et la CHN. La relation entre l’IAH et la CHN a été étudiée par le coefficient de corrélation de Spearman. Les patients ont également été répartis selon la sévérité du SAOS définie par l’IAH. Une analyse exploratoire de la discordance entre IAH et CHN a été réalisée en utilisant leurs médianes respectives comme seuils de classification.
Résultats
L’âge moyen des patients était de 57,1 ans et l’IMC moyen de 36,1 kg/m². L’IAH moyen était de 31,8 événements/heure, tandis que la CHN moyenne était de 129,3Aucune corrélation significative n’a été retrouvée entre l’IAH et la CHN (p=0,813), suggérant que la fréquence des événements respiratoires ne reflète pas nécessairement leur retentissement hypoxémique. Aucune corrélation significative n’a également été retrouvée entre la CHN et la SpO₂ moyenne (p=0,911), la SpO₂ minimale (p=0,544) ou le T90 (p=0,448). Selon la sévérité du SAOS définie par l’IAH, la CHN moyenne était de 141,1 chez les patients présentant un SAOS léger, 99,8 chez ceux présentant un SAOS modéré et 136,0 chez ceux présentant un SAOS sévère. Malgré l’augmentation de l’IAH entre les catégories de sévérité, aucune progression parallèle de la CHN n’était observée. L’analyse exploratoire selon les médianes de l’IAH (25 événements/heure) et de la CHN (130) identifiait quatre profils. Treize patients présentaient un IAH élevé associé à une CHN élevée, tandis que 13 présentaient un IAH élevé mais une CHN basse. À l’inverse, 11 patients présentaient un IAH bas associé à une CHN élevée, illustrant une discordance entre la fréquence des événements respiratoires et leur retentissement hypoxémique.
Conclusion
Dans cette série de 53 patients, l’IAH n’était pas corrélé à la CHN. Ces résultats suggèrent que la fréquence des événements respiratoires et leur retentissement hypoxémique constituent deux dimensions distinctes de la sévérité du SAOS. La présence de profils discordants, notamment de patients présentant un IAH relativement faible mais une CHN élevée, souligne les limites d’une évaluation reposant exclusivement sur l’IAH. L’intégration de paramètres reflétant la charge hypoxique pourrait ainsi contribuer à une phénotypisation plus fine du SAOS et à une meilleure caractérisation de son retentissement physiopathologique.