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Introduction
L'exposition chronique à la pollution atmosphérique est un déterminant environnemental majeur des pathologies respiratoires et du cancer bronchique, l'OMS et l'Union Européenne fixant des seuils réglementaires pour protéger la santé publique. Dans les pays à ressources limitées, les données de long terme sur l'exposition réelle des populations à ces polluants restent rares. L'objectif de ce travail était de décrire le profil temporel des principaux polluants atmosphériques dans le nord de la Tunisie entre 2005 et 2011 et d'évaluer la fréquence des dépassements des seuils recommandés.
Méthodes
Étude descriptive rétrospective portant sur les concentrations mensuelles de particules PM10, dioxyde d'azote (NO2), dioxyde de soufre (SO2) et ozone (O3), mesurées par le réseau de 11 stations de l'Agence Nationale de Protection de l'Environnement dans le nord de la Tunisie, sur 85 mois consécutifs (janvier 2005-décembre 2011). Les moyennes mensuelles ont été comparées aux valeurs guides de l'OMS et au seuil annuel de la directive européenne 2008/50/CE (40 µg/m³ pour les PM10). Les données sur les nouveaux cas de cancer du poumon ont été extraites du Registre des Cancers du Nord Tunisien (RCNT).
Résultats
Le PM10 présentait la plus grande variabilité, avec une concentration moyenne de 65,4 µg/m³ (écart-type 54,2), des valeurs extrêmes atteignant 479,3 µg/m³, et dépassait fréquemment le seuil annuel européen de 40 µg/m³. L'ozone montrait la distribution la plus stable (moyenne 28,9 µg/m³ ; écart-type 7,6), bien en deçà du seuil européen de 100 µg/m³. Le NO2et le SO2présentaient des concentrations moyennes plus modérées (respectivement 11,4 et 6,1 µg/m³). Le nombre mensuel de nouveaux cas de cancer du poumon variait de 32 à 138 cas (moyenne 77,6 ; écart-type 19,8), le pic maximal de 138 cas ayant été observé en juin 2011, coïncidant avec des concentrations élevées de PM10 et de NO2.
Conclusion
Les concentrations de PM10 dans le nord de la Tunisie dépassaient fréquemment les seuils internationaux recommandés durant la période étudiée, contrairement à l'ozone dont les niveaux restaient stables et modérés. Ce profil de pollution, dominé par les particules et le dioxyde d'azote d'origine principalement routière, est un enjeu rencontré dans plusieurs pays à revenu faible ou intermédiaire, et justifie le renforcement de la surveillance environnementale et des politiques de réduction des émissions comme axe complémentaire de la prévention des pathologies respiratoires.