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Introduction
Le cancer du poumon (CP) demeure la première cause de mortalité par cancer dans le monde. Outre le tabagisme, la pollution atmosphérique extérieure est classée cancérogène certain (groupe 1, CIRC) depuis 2013. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, les relations dynamiques entre pollution atmosphérique et incidence du CP restent peu étudiées par des méthodes économétriques rigoureuses. L'objectif était d'évaluer les associations à court et long terme entre polluants atmosphériques et incidence du CP dans le nord de la Tunisie entre 2005 et 2011.
Méthodes
Étude écologique rétrospective, croisant les données mensuelles du Registre des Cancers du Nord Tunisien (RCNT) et les mesures de qualité de l'air de l'Agence Nationale de Protection de l'Environnement (particules PM10, dioxyde d'azote NO2, dioxyde de soufre SO2, ozone O3), sur 85 mois (janvier 2005-décembre 2011). Un modèle autorégressif à retards échelonnés (ARDL) avec test des bornes a été utilisé pour estimer les relations à court et long terme, complété par des tests diagnostiques et de stabilité.
Résultats
De janvier 2005-décembre 2011, 6193 cas de CP ont été enregistrés (sex-ratio H/F : 9,5). Le test des bornes a confirmé une relation de cointégration stable (F=5,107 ; t=-5,230 ; p< 0,01). À long terme, le NO2 (coefficient 2,067 ; p< 0,01) et les PM10 (coefficient 0,276 ; p< 0,01) étaient positivement associés au nombre mensuel de cas. Le terme de correction d'erreur (-0,764 ; p< 0,01) traduisait un ajustement rapide vers l'équilibre (76,4% par mois). À court terme, les coefficients contemporains du NO2et des PM10 étaient négatifs, compatibles avec la longue latence carcinogène. L'O3et le SO2n'étaient pas significativement associés au CP. Les tests diagnostiques confirmaient l'adéquation du modèle (R² ajusté=0,501).
Conclusion
Cette étude fournit la première preuve, en Afrique du Nord, d’une relation d’équilibre stable à long terme entre la pollution atmosphérique et l’incidence du cancer du poumon dans le contexte d’un pays à revenu intermédiaire. Le NO₂ et les PM₁₀ apparaissent comme des cibles prioritaires pour l’intégration de la qualité de l’air dans les stratégies de prévention du cancer.