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Introduction
Les échouages massifs de sargasses en Guadeloupe exposent les travailleurs chargés de leur ramassage aux émissions de sulfure d’hydrogène (H₂S), notamment lors du stockage et de la décomposition des algues [1, 2, 3]. Les données concernant leurs connaissances des risques, l’utilisation des équipements de protection individuelle (EPI) et le suivi médical restent limitées. L’objectif principal était d’évaluer les connaissances relatives aux risques liés au H₂S et l’adhésion au port des EPI et des capteurs de H₂S chez les professionnels du ramassage des sargasses en Guadeloupe.
Méthodes
Une étude observationnelle transversale descriptive a été menée entre juillet et septembre 2025 auprès de travailleurs adultes participant au ramassage manuel ou mécanique, au transport ou au stockage des sargasses dans des communes côtières de Guadeloupe. Les données ont été recueillies à l’aide d’un questionnaire anonyme auto-administré de 30 questions portant sur les caractéristiques socioprofessionnelles, les conditions d’exposition, la formation, le port des EPI et des capteurs, les symptômes rapportés, les antécédents médicaux et le suivi médical. Les variables ont été analysées par fréquences et pourcentages. Les associations ont été explorées par test exact de Fisher.
Résultats
Trente participants ont répondu au questionnaire, dont 26 agents communaux (86,7%), 3 salariés du secteur privé (10,0%) et 1 bénévole. L’âge moyen était de 50,1 ans et 27 participants étaient des hommes (90,0%). Le ramassage manuel concernait 20 participants (66,7%) et le stockage 16 (53,3%). La durée d’exposition était de 3 à 6 heures par jour chez 17 participants (56,7%). Dix-huit participants (60,0%) ne connaissaient pas les valeurs limites d’exposition professionnelle du H₂S. Parmi les 29 participants déclarant recevoir des EPI, 9 (31,0%) ne les portaient pas, principalement en raison de la chaleur (6/9 ; 66,7%). Dix-neuf participants (63,3%) n’utilisaient pas de capteur de H₂S, principalement en raison de son indisponibilité (10/19 ; 52,6%). Quinze participants (50,0%) rapportaient des symptômes associés à l’exposition, principalement des céphalées et des nausées (10/15 ; 66,7% chacun). Aucune association significative n’était retrouvée entre la durée d’exposition et la présence de symptômes (p=0,76), ni entre les antécédents médicaux et les symptômes (p=0,48). Seuls 3 participants (10,0%) déclaraient avoir bénéficié d’une visite de médecine du travail.
Conclusion
Cette étude pilote met en évidence une connaissance insuffisante des risques liés au H₂S, une utilisation incomplète des EPI et des capteurs, ainsi qu’un suivi médical limité chez les travailleurs exposés aux sargasses en Guadeloupe. Des actions de prévention associant formation, mise à disposition de dispositifs de détection et EPI adaptés aux contraintes climatiques, ainsi que la standardisation de la déclaration des symptômes et du suivi en santé au travail, apparaissent nécessaires.
Références
[1] Malone Rubright SL, Pearce LL, Peterson J. Environmental Toxicology of Hydrogen Sulfide. Nitric Oxide. 2017 ; 71 : 1-13. doi : 10,1016/j.niox. 2017,09,011.
[2] Rumbeiha WK, Whitley EM, Anantharam P, et al. Acute hydrogen sulfide-induced neuropathology and neurological sequelae : challenges for translational research. Ann N Y Acad Sci. 2016 ; 1378(1):5-16. doi : 10,1111/nyas. 13148.
[3] Merle H, Resière D, Mesnard C, Pierre M, Jean-Charles A, Béral L, Nevière R. Case Report : Two Cases of Keratoconjunctivitis Tied to Sargassum Algae Emanations. Am J Trop Med Hyg. 2020 ; 104(1):403-405. doi : 10,4269/ajtmh. 20-0636.