·
Introduction
La résection-anastomose trachéale constitue le traitement de référence des sténoses trachéales. Il s’agit d’une chirurgie exigeante dont la durée peut être influencée par les caractéristiques de la sténose, les antécédents thérapeutiques, l’étendue de la résection et les difficultés techniques rencontrées en peropératoire. Par ailleurs, l’expérience acquise par l’équipe chirurgicale pourrait contribuer à écourter la durée de l’intervention. L’objectif de cette étude était d’analyser les facteurs influençant la durée opératoire.
Méthodes
Nous avons réalisé une étude rétrospective incluant les patients opérés pour une sténose trachéale entre 2019 et 2026. Les caractéristiques démographiques, les antécédents d’intubation et de trachéotomie, les caractéristiques scanographiques de la sténose ainsi que les données opératoires ont été recueillies. L’évolution de la durée opératoire a été analysée. Les facteurs potentiellement associés à son allongement, notamment l’âge, les antécédents de trachéotomie, l’étendue de la sténose, sa localisation, le caractère urgent de l’intervention, la difficulté de dissection, l’étendue de la résection et la résection du mur postérieur, ont été étudiés en analyses univariée et multivariée.
Résultats
Pour 111 interventions la durée opératoire a été précisée. Une diminution significative de celle-ci était observée au cours de la période d’étude (p< 0,001). La durée opératoire médiane était de 115 minutes durant la période 2019–2022 contre 80 minutes durant la période 2023–2026 (p< 0,001). Cette diminution persistait après exclusion des interventions de durée exceptionnellement longue. En analyse univariée, une dissection jugée difficile était associée à une durée médiane de 110 minutes contre 80 minutes en cas de dissection facile (p< 0,001). La résection du mur postérieur était également associée à une durée plus longue (115 vs 80 minutes ; p< 0,001). L’antécédent de trachéotomie (110 vs 85 minutes ; p=0,017), le caractère urgent de l’intervention (p=0,004) et la localisation de la sténose (p=0,001) étaient également associés à la durée opératoire. En revanche, l’âge, la durée de l’intubation ainsi que l’étendue scanographique et peropératoire de la sténose n'ont pas influencé significativement la durée opératoire. En analyse multivariée portant sur 106 patients, la difficulté de dissection constituait le principal facteur indépendamment associé à une augmentation de la durée opératoire (+28,7 minutes ; p=0,006). La résection du mur postérieur était associée à une augmentation d’environ 25 minutes, avec une association à la limite de la significativité (p=0,063). L’année opératoire était associée à une réduction ajustée de 4,7 minutes par année, sans atteindre la significativité dans le modèle linéaire (p=0,099). Une analyse de sensibilité tenant compte de la distribution asymétrique des durées confirmait cependant une réduction significative d’environ 5% par année (p=0,033).
Conclusion
La durée opératoire de la chirurgie des sténoses trachéales a progressivement diminué au cours de notre expérience, suggérant un effet favorable de l’expérience acquise par l’équipe. La complexité technique, particulièrement la difficulté de dissection et la résection du mur postérieur, apparaît comme le principal déterminant de l’allongement de l’intervention. Ces résultats soulignent que la durée opératoire dépend davantage des difficultés techniques rencontrées que de l’étendue de la sténose elle-même.